C’est une attitude bien française ! Dès lors qu’un sujet économique est encore mal défriché, dès lors qu’il gêne ou dérange, on n’hésite pas à invoquer – pour le recommander ou le décrier  –  ce qu’il se passe aux USA. En France, quel que soit le domaine, les USA sont d’emblée réputés avoir plusieurs années d’avance, ainsi qu’une approche beaucoup plus directe et franche des réalités. Tel est notamment le cas aujourd’hui pour l’externalisation, que les entreprises américaines, croit-on, pratiqueraient largement et sans complexes. Un récent rapport produit pour le Congrès invite néanmoins fortement à en douter (James K. Jackson Outsourcing and Insourcing jobs in the US Economy: evidence based on foreign investment data, Congressional Research Service, May 10, 2012).

Le rapport souligne tout d’abord largement le flou et les manques criants des séries de données dont on dispose pour appréhender la réalité des phénomènes d’out et d’insourcing aux Etats-Unis. Une pierre dans le jardin de tous ceux qui soulignent actuellement l’importance du mouvement d’inshoring outre-Atlantique ;  avec une telle assurance qu’ils ont convaincu notre fringuant ministre du redressement productif de tenter de créer une semblable dynamique en France.

Dès lors, le rapport se fie en priorité aux chiffres concernant les investissements directs réalisés à l’étranger, ainsi que reçus de l’étranger et il aboutit à quelques constats déterminants, comme celui-ci : la production brute des entreprises américaines baisse régulièrement depuis 1995 par comparaison avec celle de leurs filiales à l’étranger.

Faut-il considérer qu’il s’agit là d’un véritable transfert d’emplois vers des pays aux coûts salariaux bien moins élevés ? Non. Cela ne semble visiblement pas être le cas, car la part de la production de ces filiales destinée à leur maison mère américaine (ce qui correspond proprement à de l’outsourcing) est très faible – si faible d’ailleurs qu’on peine à le croire en le découvrant !

L’essentiel de ce qui est produit par les filiales étrangères est traité sur place et est absorbé par les marchés locaux – y compris pour des activités comme l’extraction minière et particulièrement dans le domaine des services et plus précisément des banques. L’investissement direct à l’étranger est d’abord un outil de conquête de nouveaux marchés. Et en regard, les relocalisations correspondent souvent à des échecs du développement international des entreprises. Cela souligne assez ce que nous affirmons souvent : que les délocalisations ne sont qu’un aspect de l’externalisation et pas le plus essentiel et que pour une entreprise son premier marché d’externalisation est son marché domestique.

T. LOWRY/Score Advisor

Bookmark and Share