Aux USA, depuis le milieu des années 2000, des formules de crédit santé à 0% se sont particulièrement développées, mises en place par les banques, des entités spécialisées comme Care Credit (une filiale de GE) et les assureurs santé. Ces formules sont vite devenues l’un des secteurs les plus dynamiques des crédits à la consommation.

Il s’agit en fait de crédits revolving, assortis d’une carte de paiement et de différentes solutions de paiements étalés, utilisables chez des professionnels de santés affiliés (150 000 par exemple pour Credit Care). Si l’on honore régulièrement les échéances de paiement, le crédit est à 0%. Toutefois, les intérêts sont élevés (14/16%) pour étaler les remboursements sur plus d’un an

La carte n’est utilisable que pour régler des dépenses de santé, qui sont particulièrement chères aux USA. On sait que beaucoup d’Américain ne disposent d’aucune couverture santé mais ce ne sont pas eux qui sont ici prioritairement visés. Car si 70 millions d’Américains sont endettés pour payer des dépenses de santé, 60% d’entre eux disposent d’une assurance santé. Seulement, généralement mal prises en charge, les dépenses dentaires, chirurgicales et d’optique ne cessent d’augmenter. L’endettement pour la santé est devenu la première cause de faillite personnelle aux USA (avant le logement) et les crédits à 0% ont été à cet égard incriminés dans la mesure où le non respect de leurs échéances (qui concernerait 20% des cas) est très pénalisant (jusqu’à 30% d’intérêts comptés rétroactivement sur la totalité du crédit).

Mais laissons là les spécificités du financement de la santé aux USA pour nous intéresser au fait que ces formules de crédit à 0% sont la plupart du temps étendues au paiement des actes vétérinaires. En France, il s’agit d’un marché important – la France est, avec les USA, le pays où l’on compte proportionnellement le plus d’animaux domestiques – mais peu couvert par des systèmes d’assurance.  Dès lors, les formules de crédit que nous venons de décrire paraissent particulièrement intéressantes.

Pour les clients des vétérinaires, elles apportent, outre la souplesse de paiement, la possibilité de ne pas renoncer à certaines prestations, souvent imprévues, trop onéreuses s’il faut les payer cash.

Partant, pour les vétérinaires, c’est un apport de chiffre d’affaires. Le crédit à la consommation est en l’occurrence un crédit acheteur, rendu accessible à des professionnels :

  • La banque fait crédit aux clients (qui sont aussi bien ses clients)
  • Les vétérinaires font la promotion de la formule auprès de leurs clients
  • La banque fait de la prescription pour les vétérinaires qui acceptent la formule. Elle leur apporte directement des clients. Elle retient donc une commission sur les honoraires ainsi réglés.

Pour les vétérinaires, l’intérêt est certain : moindres renoncements aux soins de la part des clients, apport de clients nouveaux, fidélisation, assurance d’être réglés (sous 48 heures), sans problème de relances ou d’impayés. Car si les soins pour chiens et chats sont réglés comptant, beaucoup de clients sont obligés de demander des facilités de paiement. Tandis que pour les médecines rurales et équines, les paiements ne sont pas forcément à vue. Sachant que les solutions d’escompte ou de factoring vraiment accessibles pour les professionnels sont très limitées.

Or, bien entendu, les vétérinaires sont loin d’être les seuls professionnels potentiellement concernés – il suffit de penser aux artisans. Il pourrait donc bien y avoir là un marché conséquent et des solutions vraiment utiles pour les professionnels – y compris pour les acteurs de la santé (dentistes, opticiens, …). Les crédits santé se développent en France désormais (Cétélem, Crédit Municipal de Paris, …). Le Crédit mutuel  offre une « Carte Avance Santé ». Les formules que nous venons de décrire pourraient être une prochaine étape.

Ces formules pourraient surtout être généralisées à différentes catégories de professionnels, leur apportant une manière commode d’accorder des facilités de paiement à leurs clients. Permettre aux professionnels d’accorder des crédits, sans risques, cela représenterait, mine de rien, une véritable avancée.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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