Le Compte CO2 a été créé en 2013 par la startup brestoise 450. Depuis, il a rencontré, malgré d’intéressants appuis, un succès qu’on ne peut qualifier au mieux que d’estime (12 000 ménages l’ont adopté, ainsi qu’une trentaine d’entreprises). Un succès qui n’est certainement pas à la hauteur de l’ambition et de la pertinence de la démarche. Pourquoi en parler aujourd’hui dès lors ? Parce qu’il serait dommage de ne pas tenter de donner plus d’ampleur à l’un des projets fintech comptant certainement parmi les plus intéressants nés en France ces dernières années. Or c’est à quoi l’Etat pourrait très largement et facilement contribuer. L’actuelle campagne électorale fournit donc l’opportunité de le souligner.

L’idée du Compte CO2 est simple. Vous faites une économie en termes de consommation énergétique. Vous réduisez votre propre émission de gaz à effet de serre. Cette économie est matérialisée sur un compte en ligne dans une unité, les « CO2 », qui sont inscrits sur le compte. Et l’idée est de se servir de ces CO2 comme d’une unité monétaire, pour régler certaines charges ou dépenses, auprès d’acteurs qui les acceptent.

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Exemple : vous chauffez votre maison au fioul et vous émettez ainsi 7 000 kg de gaz carbonique par an. Vous passez à une chaudière en bois. Vous inscrivez sur le Compte CO2 l’économie réalisée : + 7 000. Or, pour les commerces qui acceptent d’être payés en CO2, 1 000 CO2 valent 50 €. Vous avez ainsi épargné 7 x 50 € = 350 €. Avec lesquels vous pouvez acheter un billet de train, puisque ID TGV accepte les CO2 (Amzair Industrie, spécialiste des pompes à chaleur, et Europcar les acceptent également). Mieux, même, vous pouvez revendre vos CO2 à des entreprises qui compenseront ainsi leurs propres émissions.

L’idée s’inscrit dans l’économie des quotas de gaz carbonique échangeables, définie dans le cadre du Protocole de Kyoto. La startup bretonne a d’ailleurs choisi de s’appeler « 450 » en référence à la limite des 450 ppm de CO2 fixée par le GIEC, comme seuil à ne pas dépasser pour limiter le réchauffement climatique à 2° C.

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Sous ces perspectives, l’idée est de rendre accessible à tous le marché des émissions de gaz carbonique, à travers un compte d’épargne que l’on n’alimente pas avec de l’argent mais avec les économies énergétiques que l’on réalise. Et, pour cela, la startup a eu la chance d’être brestoise et de trouver ainsi à sa porte le Crédit Mutuel Arkéa – décidément la banque, en France, que l’on retrouve la plus souvent impliquée dans les innovations intéressantes. Arkéa a pris en charge la gestion du Compte CO2, auquel une carte de paiement peut être associée et il a défini, à travers sa filiale de crédit à la consommation Financo, un prêt finançant l’acquisition d’équipements éco-responsables dont les frais de dossiers peuvent être remboursés en CO2.

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Il est intéressant de comparer le Compte CO2 à d’autres initiatives du même genre, apparues à l’échelle internationale et particulièrement à SolarCoin, strictement similaire dans le principe. Mais dans son principe seulement car, comme nous l’avions souligné, s’inspirant du modèle du bitcoin, SolarCoin joue de manière audacieuse sur un effet de marché et organise délibérément la spéculation autour des unités monétaires qu’elle crée : les SolarCoins. D’inspiration plus française, diront certains, le Compte CO2 a choisi une démarche beaucoup plus… administrative.

Au démarrage, il faut réaliser un bilan énergétique de son logement et de ses moyens de transport, avec les justificatifs correspondants. Et il faut renouveler l’évaluation chaque année, sur la base de nouveaux éléments. Cela peut paraitre un peu contraignant, d’autant que les gains – c’est la grande différence avec SolarCoin – paraissent quand même potentiellement assez limités. Chaque Français émet en moyenne neuf tonnes de gaz carbonique par an. Réduire ce volume n’est pas gratuit et cela ne permet de gagner, une seule fois, que 450 € sur un Compte CO2. On pourrait bien entendu augmenter la valeur faciale des CO2 mais c’est le caractère faiblement récurrent des économies que l’on peut réaliser qui parait le plus gênant. De sorte que, malheureusement, considéré ainsi, le Compte CO2 ne dépasse pas le niveau d’un gadget intéressant.

A moins que… A moins que l’on considère que le Compte CO2 puisse être élargi à bien d’autres actions responsables, que sa formule paraît particulièrement intéressante pour responsabiliser les particuliers, qu’il offre à ces derniers une toute autre manière de gérer leur propre mode de vie et qu’il est à même de créer un écosystème vertueux, associant des acteurs très divers. Par ailleurs, initiative tout à fait privée, gérée à une échelle individuelle, le Compte CO2 rencontre les efforts, notamment en termes de défiscalisation, que l’Etat engage en matière de comportements éco-responsables. Pour la puissance publique, il est en fait doublement intéressant : il est incitatif et il décharge en partie l’administration des tâches de gestion. De sorte que l’Etat pourrait très bien accepter que les CO2 puissent être utilisés pour payer ses impôts ! Cela leur donnerait une large assise, ce qui permettrait d’en élargir la formule. Tout en introduisant un nouveau mode de création de valeur, auquel on peut imaginer de nombreux prolongements, dans les sphères tant publique que privée.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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