La presse a annoncé hier que, dès novembre prochain, la ville de Montreuil (Seine-Saint Denis) mettrait en circulation une monnaie locale et qu’il deviendra possible de payer en « pêches » plutôt qu’en € chez une trentaine de commerçants volontaires, ainsi que dans les centres municipaux de quartier, ce qui serait une grande première en France. Il faut sans doute s’attendre à voir se multiplier ce genre d’annonces et de « premières » car les monnaies municipales fleurissent actuellement : « monnaie de Rouen », « Stück » de Strasbourg, « Eco » d’Annemasse, « Touselle » à Comminges, etc. Mais quel intérêt ?

Pour s’en tenir au projet de Montreuil et d’après ce qu’en a présenté la presse, il suffira d’acheter des « pêches » avec ses € pour pouvoir ainsi régler ses achats dans quelques commerces. Et… c’est tout ? Apparemment.

Comme la nouvelle monnaie ne pourra être utilisée que chez les petits commerçants de la ville, elle favorisera l’économie locale, avancent ses promoteurs. On peut bien entendu sérieusement en douter mais ce serait manquer l’essentiel : ceci se fera sans passer par le système bancaire, donc « sans participer à la spéculation ou alimenter les paradis fiscaux ». En quoi, il apparait clairement qu’il ne s’agit pas là seulement d’une monnaie pour les gens qui ont du temps à perdre : elle permet également de jouer aux rebelles alternatifs.

Dans un Manifeste pour les monnaies locales (juin 2013), il est affirmé que les monnaies locales relèvent d’un « engagement citoyen qui refuse la spéculation ». Il s’agit pour les citoyens, à travers elles, de prendre la responsabilité de leur destin et de contribuer à faire changer le fonctionnement de la société. « La monnaie redevient un moyen au service de la vraie richesse (celle offerte par la nature et valorisée par l’activité humaine) et n’est pas recherchée pour elle-même ». Vraiment ? Ces monnaies qui ressemblent exactement aux colliers de perles du Club med ?

Il y a quelques mois, quand nous avons publié notre Petit guide des monnaies parallèles, il y avait ici et là un réel intérêt pour découvrir les mécanismes des tookets, des banques de temps, des monnaies fondantes, des barters. Certaines innovations paraissaient pouvoir en être issues mais rien n’est encore venu, sinon ces monnaies gadgets pour mairies à court d’idées avant les municipales et dont l’habillage à coups de grands slogans militants ne peut guère masquer le manque d’intérêt. De sorte que si rien d’autre ne devait venir, il faudrait bien constater que l’innovation dans le domaine public est décidément à la peine dans ce pays…

P. ADOUX/Score Advisor

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