Avez-vous lu Ubik de Philip K. Dick ? Dans ce (très) étrange roman de science-fiction (l’un des meilleurs de son auteur), on paie chaque usage de ses objets domestiques. Pour entrer chez soi, pour ouvrir la porte de son frigo ou lancer le climatiseur, il faut introduire des pièces – l’ouvrage a été écrit en 1969, Dick n’imaginait pas d’autres moyens courants de paiement – dans la fente d’un compteur dont chaque objet est doté. Or c’est peut-être exactement ce qu’annonce une récente innovation d’Amazon. Et cette solution pourrait bien être révolutionnaire en matière de paiements.

Amazon a en effet lancé « Amazon Dash », une solution de commande et de paiement en ligne à partir d’un bouton apposé sur nos objets quotidiens, dont la plupart seront sans doute demain connectés. Un « Dash Button », sur votre cafetière, vous permettra ainsi, par simple pression, de commander de nouvelles capsules de café ; sur votre machine à laver il vous permettra de commander de la lessive, etc. Demain, d’ailleurs, les objets seront capables de gérer leur propre approvisionnement et d’en lancer la commande eux-mêmes. Quant au paiement, il sera transparent, suivant simplement la commande, à travers l’Amazon Prime Account. Tout sera automatisé. Les fonctions manuelles ne serviront pas à lancer commandes et paiements mais à éventuellement suspendre et arrêter celles prévues (actuellement la commande est seulement confirmée manuellement).

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D’ores et déjà, près de 300 grandes marques se sont associées à Dash aux USA et il est facile d’imaginer que demain on puisse entrer dans une sorte de système de location longue durée pour la plupart des appareils que nous utiliserons, que nous paierons à chaque usage. Certains y devinent un cauchemar consumériste (voir sur ce site) mais beaucoup d’éléments pourraient en fait y pousser. Pour les utilisateurs, la disposition d’appareils régulièrement renouvelés et que leurs fournisseurs auront intérêt à rendre les plus résistants et efficients possibles. Pour les marques, des relations renforcées avec leurs clients et une fidélité à long terme devenant la norme. De manière générale, un paiement à l’acte susceptible de sensibiliser les utilisateurs pour une meilleure maitrise de leur consommation et un système de location longue durée allant vers une plus grande durabilité des objets.

Demain, ainsi, un paiement pourrait bien être enclenché avec le simple bouton de mise en marche de nos objets quotidiens. Cela, bien sûr, peut paraître assez fantaisiste à ce stade. Mais cela recoupe en fait plusieurs orientations actuelles, déterminantes en matière de paiements. A cet égard, Amazon Dash parait bien plus innovant qu’Apple Pay.

Les moyens de paiement vont sans doute largement disparaître en tant que tels. Ils tendent à devenir embedded, intégrés à d’autres objets : mobile, navigateur web, objets connectés. Amazon Dash radicalise cette tendance.

Les actes de paiement ne peuvent plus s’envisager sans comptes intelligents. En lieu et place d’un simple compte bancaire, il conviendra de disposer de véritables assistants virtuels, stockant et classant la documentation commerciale associée aux paiements, ordonnançant nos dépenses, assurant des fonctions de surveillance et de conseil en matière de dépôts et emprunts. Dash pourrait ainsi évoluer vers une véritable assistance domotique et même domestique.

Jusqu’ici, les systèmes de paiement étaient neutres et publics, regroupant toutes les banques et servant également tous les acteurs. Ils se bâtissent aujourd’hui à travers des partenariats privilégiés et fermés. En ce sens, c’est directement les marques qui choisiront de s’y associer qui feront ou non le succès de Dash et lui assureront des avantages exclusifs par rapport à d’autres solutions comparables.

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Bref, qu’on la juge fantasque ou prometteuse, la solution d’Amazon ne saurait laisser indifférent, sauf à être totalement aveugle face aux évolutions en cours en matière de paiement. Cependant, comme pour la plupart des initiatives de rupture les plus importantes en ce domaine, de PaySwarm à Poli, ce n’est pas une banque qui la propose. De fait, le constat peut difficilement être évité : beaucoup de banques lancent des choses nouvelles dans les paiements mais on dirait que la stratégie de ces derniers leur échappe désormais. A terme, une telle attitude les condamnera à n’être que des acteurs de second rang. Il n’y pas là seulement pour elles un risque majeur. En matière de paiements, ce serait également le monde à l’envers.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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