La profitabilité perdue des banques européennes

Dans une note du 21 juin 2016, Deutsche Bank Research constate un nouveau recul, après un net redressement en 2015, du résultat net des banques depuis le début de l’année. Certes, des éléments conjoncturels expliquent ce recul. Mais les analyses de la Deutsche Bank soulignent surtout l’épuisement du business model des 20 premières banques européennes.

Taux négatifs : quels impacts pour les banques et leurs clients?

En septembre 2014, le taux de rémunération des dépôts au jour le jour des banques auprès de la BCE est passé à -0,20 %. Les banques doivent donc payer pour placer leurs liquidités auprès de la BCE. L’Euribor et l’Eonia sont devenus négatifs. D’après Bloomberg, plus du quart des emprunts d’Etat dans le monde (dont la France pour une fraction de sa dette) affichent désormais un rendement négatif. Pour les banques, tout cela pourrait avoir des conséquences considérables.

BRRD : quand, inaudible, la réglementation bancaire devient dangereuse!

La BRRD (Bank Recovery and Resolution Directive), adoptée définitivement par le Parlement européen le 15 avril 2014, a été transposée en droit français par une Ordonnance du 21 août 2015. Elle entrera en vigueur le 1er janvier 2016. Les deux principales orientations de cette Directive, annoncées depuis plusieurs années, visent 1) à éviter le renflouement aux frais des contribuables (bail-out) des banques en cessation de paiement et 2) à mieux protéger les déposants. Pourtant, les articles qui se multiplient en ce moment à ce sujet donnent à entendre un son tout différent. « Les banques programment le vol de leurs clients », lit-on en gros titre dans le courrier des lecteurs de Marianne. Une « loi irresponsable », une « folie », lit-on encore sur le Blog du Cercle des économistes. Qui croire ?

MiFID/MiFIR, EMIR, IFRS 9, etc. jouent leur rôle et mettent les dérivés sous les projecteurs réglementaires

Alors que le rôle des produits dérivés dans la crise des subprimes a été largement analysé et débattu, il est également important de mettre en évidence les initiatives réglementaires et ce qui sera ainsi le « new normal » pour les produits dérivés sur l’ensemble de la chaîne opérationnelle et de la chaîne de valeur des établissements y recourant.

Un Tsunami réglementaire ?

Très récemment, un certain nombre de responsables directement concernés ont déclaré que les réformes réglementaires ont nui à la liquidité du marché. Ils constatent une déconnexion entre les perceptions des régulateurs et des acteurs des marchés de gré à gré, concernant l’impact des réformes réglementaires en cours et à venir pour éviter de futures crises financières.

Le nouvel objectif réglementaire « AnaCredit » (Analytical Credit and Credit Risk Dataset)

La récente crise financière a mis en évidence que ces données de crédit et de risque de crédit sont essentielles à la surveillance micro-prudentielle. Une large gamme de données détaillées sur le crédit est déjà disponible ; les données sur le risque de crédit sont considérées comme pertinentes au sein du Système Européen des Banques Centrales (SEBC) afin de servir aux décisions de politique monétaire, donc à la stabilité financière et aussi à la recherche analytique et la production de statistiques du SEBC. Les principaux canaux d’acquisition de ces données se situent au niveau des registres centraux de crédit (RCC), des systèmes d’évaluation de crédit ou encore du suivi des prêts emprunteurs par emprunteur. Le SEBC a exploré le futur potentiel des données de crédit, en particulier pour comprendre dans quelle mesure leur contenu peut être renforcé et adapté à la zone Euro et ses besoins en statistiques et de surveillance financière, ainsi que l’analyse et les recommandations au niveau de l’UE, soit pour répondre aux exigences des utilisateurs mentionnés ci-dessus tout en allégeant la charge de la déclaration des répondants et ainsi accroître la transparence.

Les grands changements de l’IFRS 9

La nouvelle norme comptable IFRS 9 pour instruments financiers remplace l’ancienne norme IAS 39, considérée comme difficile à comprendre, à interpréter et à appliquer à la fois par ceux qui préparent les états financiers et ceux qui les lisent. IFRS 9 rassemble tous les aspects de la comptabilisation des instruments financiers, de la classification et de l’évaluation (avec une nouveauté, la pleine reconnaissance d’une couverture d’un portefeuille dans son ensemble, ou portfolio hedge), à la dépréciation et à la comptabilité des opérations de couverture. Des précisions sur les informations à fournir sont également apportées. La plus grande différence de la nouvelle norme se situe dans la comptabilisation des dépréciations ou pertes sur prêts, parce que nous passons d’un modèle de pertes encourues à un modèle de pertes attendues.

La gouvernance des données – avènement d’un grand changement

Les banquiers n’en parlent pas encore beaucoup, et pourtant, la gouvernance des données est en passe de devenir l’un des sujets les plus discutés dans les salles des marchés. Bien que manquant encore d’une définition officielle, la gouvernance des données concerne les politiques, l’organisation, les processus et les procédures de gestion entourant la surveillance et le contrôle de l’utilisation et du traitement des données.

La nécessité d’une gouvernance qualitative des données est devenue évidente à la suite de la plus récente crise financière. La technologie de l’information et des architectures de données en place sont encore loin d’une surveillance et d’un reporting efficaces des risques financiers. En fait, de nombreuses banques manquent de capacité pour agréger leurs expositions au risque et identifier leurs concentrations rapidement, et avec précision, à travers les lignes métiers et entre les entités juridiques.

Quand la puissance publique se substitue aux banques : le cas du financement de la transition énergétique

Comme souvent pour ce genre de sujets, les chiffres peuvent varier ou être approximatifs mais on estime néanmoins que, pour réduire d’au moins 30% la facture énergétique de la France, tout en passant à des modes de consommation moins polluants, il serait nécessaire d’investir de 10 à 20 milliards € pendant – les estimations varient – disons plusieurs années. En période de restriction budgétaire, l’Etat n’a guère les moyens de financer de tels investissements mais la Ministre de l’Ecologie a cependant annoncé en juillet dernier que 10 milliards € seraient engagés sur trois ans à titre incitatif et à titre de levier ; tandis qu’une solution de financement a été trouvée, le tiers financement, qui parait fort intéressante.

La BCE vise-t-elle la liquidité et la solvabilité des banques ou celles des Etats?

On le souligne finalement assez peu mais les actions récentes de la BCE ont de quoi surprendre. D’un côté, elle inonde les banques de liquidités et annonce des mesures (taux de facilité de dépôt négatif, rachats d’actifs titrisés ou ABS) pour les pousser à tout prix à prêter aux entreprises. D’un autre côté, avant de devenir leur superviseur direct en novembre prochain, elle renforce la surveillance de la solvabilité des établissements à travers revues de portefeuilles (AQR) et tests de défaillance (actuellement pilotés par l’EBA), qui se traduiront sans doute par des exigences de fonds propres supplémentaires pour un certain nombre d’entre eux. Comme si la BCE voulait une chose et son contraire ! Mais peut-être y a-t-il une autre explication à cette apparente contradiction.

Quand le FMI sort ses griffes !

Dans son dernier Rapport sur la stabilité financière dans le monde, le FMI pointe les subventions implicites dont bénéficient les plus grandes banques dites « systémiques », les banques too big to fail. De quoi s’agit-il ? De l’assurance que les pouvoirs publics seront contraints de porter secours à ces établissements en cas de difficultés – une garantie implicite (que le FMI estime entre 90 et 300 milliards € en 2012 rien que pour la zone euro) qui bien entendu fausse toute concurrence et ne pousse pas les établissements à la prudence.

L’accusation est grave. Elle souligne à quel point banques et pouvoirs publics forment un même système, quand ces derniers préfèrent évidemment se camper en gardiens de l’intérêt public face aux possibles débordements bancaires. Pourtant, les plus grands établissements, dont le total de bilan égale ou dépasse le PIB des Etats censés les contrôler, auraient-ils pu atteindre de telles tailles sans ce levier public implicite ? Le FMI ne va pas jusqu’à un tel constat. Il enjoint plutôt les Etats de renforcer encore la réglementation bancaire et de pousser les banques à réduire la taille de leurs bilans. Pour autant, il reste rare qu’une institution comme le FMI aille aussi clairement et directement au fond des choses.

Une problématique Union bancaire européenne.

La plupart des observateurs ont été sévères à propos de l’accord sur l’Union bancaire européenne obtenu à l’arrachée courant décembre et présenté par ses signataires comme une grande avancée, un « moment historique ». Pourtant, si les commentaires défavorables ont été nombreux, les principales conséquences de l’accord – qui sautent aux yeux – ont rarement été clairement énoncées.

Chronique de la réglementation bancaire (VIII) : quelle valeur ont au juste les fonds propres ?

Au cours des années 90, avec le passage aux normes comptables IFRS, la notion de « juste valeur » (fair value) s’est généralisée. Les actifs sont désormais valorisés à leur prix de marché à la date de clôture du bilan, en remplacement de l’ancienne méthode du coût historique, qui faussait l’appréciation de la valeur réelle des sociétés. Quelle valeur de ces dernières se dégage toutefois à présent ?

Chronique de la réglementation bancaire (VII) : le Shadow Banking, trop de réglementation tue la réglementation ?

On a beaucoup dénoncé la « finance de l’ombre », accusée d’un peu tous les maux et surtout d’avoir précipité la crise de 2008. Plus récemment, certains ont voulu cependant dédiaboliser le Shadow banking, expliquant qu’il remplit un rôle économique et représente la contrepartie d’activités bancaires trop contraintes et réglementées ; tout en soulignant qu’aucune réglementation n’est d’impact neutre, notamment quant aux innovations qu’elle suscite pour la contourner.

Chronique de la réglementation bancaire (VI) : EMIR, de la réglementation à la régulation.

Dans la littérature spécialisée sur la réglementation bancaire, il devient de plus en plus fréquent que l’anglais « regulation » (réglementation) soit traduit en français par « régulation », alors que les deux termes ne sont pas du tout synonymes. Selon le Robert, la réglementation désigne un ensemble de règles, de règlements, de prescriptions qui concernent un domaine particulier, tandis que la régulation correspond au fait de maintenir en équilibre, d’assurer le fonctionnement correct d’un dispositif. En l’occurrence, cependant, la traduction est fautive mais le rapprochement est suggestif car, sur différents points, la réglementation bancaire tend effectivement à évoluer pour devenir un instrument de régulation. C’est particulièrement le cas avec l’EMIR.

Chronique de la réglementation bancaire (V) : les régulateurs peuvent-ils vraiment imposer des mesures contracycliques ?

Bâle III définit, à l’horizon 2019, trois volants complémentaires de fonds propres :

  • Le premier, intégré au Tier 1, est un volant de conservation (2,5% des actifs pondérés des risques) visant à préserver la continuité d’exploitation des banques et, plus précisément, à limiter la distribution de dividendes lorsque le ratio de fonds propres se détériore (<7%), notamment du fait de la baisse des bénéfices. En 2008, en effet, il fut constaté, alors que leurs bénéfices fondaient, que les banques prenaient sur leurs fonds propres pour maintenir inchangé le niveau de dividendes versés (5% des fonds propres comptables, selon la BRI). Au total, ce volant de sécurité n’a rien de contracyclique.
  • Le second volant (pouvant aller jusqu’à 2,5%) est constitué en période favorable, en prévision des temps difficiles. Malgré cette définition très floue, c’est un volant contracyclique.
  • Le troisième volant (de 1% à 2,5%) s’applique aux seuls établissements financiers d’importance systémique. Laissé à la main des régulateurs nationaux, il est susceptible de jouer un rôle contracyclique.

Chronique de la réglementation bancaire (IV) : les normes de Bâle permettent-elles de prévenir les crises financières ?

Bâle II a généralisé à l’ensemble des engagements bancaires, dont les crédits, la notion de value at risk (VAR). Les principes de cette approche sont les suivants :

  • Les différents risques se réalisent selon une certaine distribution de probabilité (on peut prévoir le cours des choses).
  • Cette distribution peut être déduite de l’observation de séries historiques (le présent reproduit en gros le passé).
  • Les fonds propres des banques doivent correspondre à la probabilité de réalisation des différents risques, à leur value at risk.

Chronique de la réglementation bancaire (III) : faut-il vraiment couper les banques en deux ?

Les autorités politiques se heurtent à un dilemme. Vis-à-vis de leurs opinions publiques, force leur est d’assurer aux contribuables qu’ils ne payeront pas pour les déboires enregistrés par des banques sur des activités spéculatives. En même temps, il est difficile d’imaginer que l’Etat puisse se désintéresser de la faillite d’un établissement, compte tenu de l’impact possible sur les autres banques et les investisseurs institutionnels (risque systémique), ainsi qu’au final, sur l’ensemble de l’économie.

Une idée est ainsi apparue qui a le mérite de rallier la plupart des suffrages : couper les banques en deux, séparer leurs activités de marché de leurs activités de collecte de dépôts et de crédit. La référence est bien entendu le Glass Stealman Act de 1933 (abrogé en 1999), qui interdit notamment aux banques commerciales américaines de s’occuper de l’émission, du placement et du négoce des titres d’entreprises.

Chronique de la réglementation bancaire (II) : comment renflouer les banques en défaut ?

En 2010, le G 20 s’est accordé sur la mise en place de mécanismes de liquidation ou de sauvetage des banques qui ne fassent pas appel à l’argent public. Dis plus clairement : les contribuables ne doivent pas payer pour les risques inconsidérés pris par des banques. Depuis, cependant, les choses n’ont pas beaucoup avancé. Au sein de l’UE, notamment, la Directive « bail-in » proposée par la Commission européenne est toujours en discussion, les différents pays ne s’accordant pas sur la latitude qui doit être laissée aux Etats pour sauver leurs banques. Le projet de confier à une autorité européenne le soin de s’occuper des banques en défaut et de créer un fonds unique de résolution, dans le cadre de l’Union bancaire, a été rejeté le 10 juillet dernier.

Chronique de la réglementation bancaire (I) : la liquidité avant tout !

Le levier mesure la part d’endettement dans le financement d’une activité, par opposition aux fonds propres. Les marchés surveillent traditionnellement le ratio de levier des banques, le voulant le plus élevé possible. Il en va de même des banques centrales dans un certain nombre de pays. Cependant, ce ratio n’apparaissait pas dans la réglementation bancaire internationale. Il aura fallu pour cela l’assèchement du marché interbancaire entre fin 2008 et fin 2011.