Il y a cinq ans, la banque de demain semblait entièrement entre les mains de quelques néobanques qui, à travers une offre simplifiée, clarifiée et innovante, allaient, imaginait-on, ravir leurs clients aux banques classiques – exerçant une concurrence comparable à celle d’Airbnb face aux hôtels ou de Uber face aux taxis. On l’attendait d’autant plus qu’on croyait – on croit toujours – les clients des banques impatients d’en changer, dans un contexte où l’image des établissements était il est vrai au plus bas.

Pourtant, rien de tel n’est arrivé. Tandis que certaines startups, très peu en visibilité, ont effectivement prospéré – quelques-unes de manière insolente. A croire que quant aux modèles de la banque de demain, on s’est complètement trompé !

Début 2017, aucune des néobanques – ces startups poussées de rien dont on imaginait qu’elles étaient capables de faire rapidement et sérieusement concurrence aux banques – n’a rencontré plus qu’un succès d’estime. Beaucoup – souvent les plus intéressantes (Simple, Square, Fidor, Holvi, Mint, …) – ont été rachetées et souvent par des banques – comme Compte Nickel, dont le rachat par BNP Paribas a été annoncé hier.

Dans le même temps, d’autres ont rencontré une vraie réussite – une réussite étonnante même pour certaines, comme Adyen, une plateforme de paiement en ligne qu’utilisent Facebook, Uber, Netflix, Dropbox et bien d’autres… Que s’est-il donc passé ?

Il faut souligner que la plupart de ces startups à succès demeurent mal connues et peu médiatisées (la Tribune a néanmoins consacré récemment un article à Adyen). C’est un signe car la plupart, effectivement, ne se sont pas adressées directement au grand public. Toutes, en revanche, ont développé des solutions technologiques innovantes pour lesquelles elles ont su définir rapidement des standards – par exemple, pour les outils de PFM, Linxo, Meniga ou Strands.

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En d’autres termes, l’entrée sur un marché surbancarisé est très onéreuse si l’on s’adresse au grand public et d’autant plus difficile que les banques classiques ont largement les moyens de riposter – cela s’est vu notamment pour les solutions de mPos, Bank of America proposant la même chose que Square, dès lors que ce dernier rencontrait un premier succès.

En revanche, les banques ont un talon d’Achille : leurs DSI ! Peu flexibles et peu aptes à développer des solutions innovantes, ce dont certaines startups ont su parfaitement profiter – n’hésitant d’ailleurs pas à travailler en marque blanche comme pour les solutions de PFM déjà citées. Facturation sur mobile (Boku), plateformes de règlements BtoB (Tradeshift), solutions innovantes d’échange de devises (Transferwise), plateformes de paiement pour le e-commerce (Adyen, Klarna) : voilà ce que les banques ne savaient pas, ni facilement ni rapidement, développer.

Or cela change beaucoup de choses ! Car l’on attend que de nouveaux acteurs – grands de l’internet ou jeunes pousses innovantes – concurrencent les banques sur le contact client et les réduisent à produire des offres que d’autres vendront, leur ravissant l’instance de premier contact, de premier conseil avec leurs clients. N’est-ce pas exactement ce que l’on attend des agrégateurs de comptes ?

En fait, le contraire pourrait bien arriver. Les banques demeurant très solides dans la distribution – y compris à travers des agrégateurs de comptes, comme elles sont en train de toutes en proposer – et de plus en plus fragiles sur la production, perdant peu à peu leurs usines, ne sachant pas tenir le niveau de services que d’autres acteurs viendront imposer. Pour s’en convaincre, il suffit d’ailleurs de considérer les embauches des banques : depuis quelques années, les postes de front office sont largement majoritaires.

Mais ainsi pourraient apparaître des concurrents redoutables, auxquels on n’a pas pensé : ces fintech industrielles, qui ne sont déjà plus des startups, ayant acquis les moyens de se diversifier du côté des offres… Une orientation que Square ou iZettle ont déjà commencé d’ailleurs à explorer.

Certes, rien n’est encore joué – au capital de Linxo, on trouve le Crédit Mutuel Arkea et le Crédit Agricole. Toutefois, lorsque le patron de BBVA déclarait il y a deux ans que son établissement serait bientôt comme une SSII, il fut loin de rallier l’approbation de ses pairs. Dans beaucoup de banques, la DSI représente comme un bastion à part, que les plus hauts responsables – peu compétents en matière de SI pour la plupart – ne dirigent pas directement. Erreur fatale ?

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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