C’est un sujet dont on ne parle jamais. Certes, les fonds que les diasporas transfèrent depuis la France dans leurs pays d’origine ont fait l’objet de nombreux travaux depuis plus de dix ans et de plusieurs initiatives de la part des banques. Le marché en vaut la peine, en effet : l’équivalent de 20 milliards $ ont quitté notre pays l’année dernière (21,2 milliards en 2014). Mais, à votre avis, combien la France a-t-elle reçue en contrepartie du reste du monde et notamment de la part des 2,1 millions de Français résidents à l’étranger ? Beaucoup moins, répondrez-vous sans doute, sans pouvoir avancer un chiffre précis. Vous n’y êtes pas. Pas du tout.

Selon les chiffres que publie régulièrement la Banque mondiale, la France a reçu en 2015 l’équivalent de 22,9 milliards $ (24,9 en 2014). Elle fait partie du cercle très fermé des 9 pays du monde qui reçoivent plus de 15 milliards $ par an. En tête se trouvent l’Inde (68,9 milliards), la Chine (63,9), puis les Philippines (28,4) et le Mexique (24). La France est sixième. Juste après le Nigeria (20,6) mais devant l’Egypte (19,7) et le Pakistan (19,2). L’Allemagne ferme le cercle avec 15 milliards $. Mais la France présente une balance excédentaire, quand il sort plus de transferts d’Allemagne (22,8 milliards) qu’il n’en rentre. L’Allemagne est en ceci dans une situation comparable à celle de l’Italie (9,5 milliards $ de transferts reçus contre 15,3 milliards émis), de la Russie (7,1/15,3) et subit un déficit bien moindre que l’Australie (2,2/16,5), le Canada (1,2/23,4) ou le Royaume-Uni (5,4/24,8). La palme du déficit revient aux pays du Golfe, Arabie saoudite en tête (0,2/45,7) et surtout aux Etats-Unis (7 milliards $ de transferts reçus contre 133,5 milliards de transferts émis).

Il est surprenant de trouver la France et l’Allemagne loin, très loin, en termes de transferts reçus, devant un pays comme la Turquie. Mais le monde des envois d’argent transfrontières est plein de surprises : l’Algérie reçoit moins d’argent ainsi que la Suisse et la Roumanie que le Japon. Le Sénégal reçoit moitié moins que la Suède, le Maroc beaucoup moins que l’Italie et la Pologne à peine plus que le Guatemala. Ce n’est donc pas une question de taille des populations, de niveau économique, ni même d’importance des populations émigrées. En revanche, l’internationalisation des entreprises d’un pays et avec elle, le nombre de cadres expatriés, paraissent décisifs.

La France enregistre ses plus gros déficit avec les pays du Maghreb (1,6 milliards $ partent pour l’Algérie, 2,1 pour le Maroc et 1,3 pour la Tunisie) mais aussi avec la Belgique (1,2). Cependant, les diasporas maghrébines ne sont pas celles qui, en France, envoient le plus d’argent par tête. La moyenne individuelle globale est de 2 852,8 $ par an. Les résidents maghrébins transfèrent nettement moins en moyenne. Moins que les Sénégalais (3,9 k $ en moyenne individuelle), qui sont à égalité de ce point de vue avec les 1 278 Mongols qui résident en France. Les Vietnamiens et Philippins sont au-dessus (4,4 k). Comme les Guatémaltèques (5,3 k) et les Chinois (6,2 k) ; largement dépassés par les Libanais et les 222 résidents tadjiks (9 k). Les records sont détenus par les Suédois (11,8 k), les Belges (21,5) et les Qataris (22 k). De manière surprenante, les Nigérians comptent parmi ceux qui transfèrent le plus d’argent (20,5 k). Ceux qui transfèrent individuellement le moins, en revanche, sont les 23 500 résidents du Surinam, avec 42,5 $ par an en moyenne.

Avec quels pays, la France réalise-t-elle ses excédents ? Nouvelle surprise, avec des pays qu’on pourrait croire receveurs plutôt que donneurs : Cameroun, Gabon, Thaïlande, Turquie, Pologne. Avec des pays où des communautés françaises sont bien implantées, ce qui n’est pas forcément très connu : Argentine, Mexique, Afrique du Sud, Irlande, Israël. Avec des pays enfin où une émigration française de travail s’est récemment développée : Australie, Canada, EAU, Hollande Royaume-Uni, ainsi que d’autres où elle est plus ancienne (Allemagne, Suisse, Italie, USA). Le pays dont la France reçoit le plus de transferts est l’Espagne (2,5 milliards $) mais elle lui en transfère davantage (2,7 milliards). Au total, ainsi, le paysage des transferts internationaux est complexe et pas du tout à sens unique, du Nord vers le Sud, comme on l’imagine le plus souvent.

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Combien les Français expatriés transfèrent-ils en moyenne ? Là ce n’est plus une surprise mais, en tous cas pour nous, carrément un mystère. Dans la plupart des pays, quels qu’ils soient, les Français transfèrent individuellement et annuellement en moyenne 11 583,4 $, jamais moins et rarement plus – seuls les deux mille Français résidant au Qatar transfèrent plus de 13 k $. Les transferts allant de 12 à 13 k $ sont le fait de résidents dans des paradis fiscaux (Bermudes, Liechtenstein, Monaco, …), dans des pays du Golfe, ainsi qu’à Hong-Kong, aux USA, en Suisse et en Norvège.

Nous l’avons dit, les banques françaises ont développé des initiatives pour capter une partie des transferts qui, pour quitter le territoire, utilisent couramment des opérateurs spécialisés comme Western Union. Mais vis-à-vis des transferts, finalement plus importants, qui arrivent en France, que proposent-elles précisément au fait ?

P. Adoux/Score Advisor

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