Créée en 2015 à Palo Alto, la startup Point a beaucoup fait parler d’elle l’année dernière aux USA, sa première levée de fonds ayant attiré non seulement des investisseurs importants comme Andreessen Horowitz mais encore et à titre individuel, ce qui est assez rare pour une jeune pousse aussi jeune, quelques figures de la finance américaine comme Laurence A. Tosi (CFO de Blackstone) ou Vikram Pandit (ex CEO de Citi). La question se pose donc : pour ne pas être tout à fait nouvelle, la formule de financement immobilier que développe Point parait forte et originale. Est-elle susceptible d’être développée  à une large échelle ?

Point propose aux propriétaires d’un logement de leur en acheter un certain pourcentage. Point paie tout de suite sa part et parie sur la vente future. Les propriétaires s’assurent ainsi une rentrée de cash, qui peut diminuer leur crédit immobilier, le cas échéant. Point se retourne sur des investisseurs de long terme et perçoit une commission. C’est également elle qui procède à l’évaluation des biens immobiliers.

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Concrètement, vous possédez une maison dont la valeur de marché est estimée à 100 000 $. Point vous en achète 10% et vous verse immédiatement 10 000 $. Vous vous engagez néanmoins à vendre votre maison dans les dix ans et Point empochera alors 10% de la transaction. Le pari est bien entendu que la valeur de votre maison augmente. Sinon, Point réalisera une perte. Vous pouvez à tout moment rembourser Point. Et vous pouvez ne pas vendre à l’issue du contrat. Mais il faudra alors rembourser Point et ceci à la valeur de marché de votre bien. Formellement, Point n’est pas un copropriétaire. Il n’est pas nécessaire ainsi de le solliciter pour effectuer des travaux ou des aménagements.

Cette formule, qui évoque le viager, n’est pas vraiment nouvelle. En Europe et aux USA, des banques ont tenté de développer des solutions comparables avant la crise. Des banques semblent cependant mal adaptées à porter ce genre d’engagement, qui pourrait en revanche attirer des investisseurs dans le cadre de la finance participative.

Car il s’agit bien d’une alternative à l’emprunt, ni plus ni moins risquée que tout investissement immobilier mais attractive en ce qu’elle permet aux investisseurs de diversifier leur portefeuille.

Pour les particuliers, elle permet de mobiliser un actif à la hauteur de sa valeur potentielle future. Or cette valeur future est prise en ligne de mire dans le financement de tout projet sans doute : son anticipation est décisive. Mais, pour garantir un crédit bancaire, un actif doit avoir une valeur actuelle. Ce n’est pas le cas dans la solution de Point, qui parie sur une valeur future et qui ne prête pas, ni ne prend véritablement de garantie. Point fonde son engagement sur le comportement du propriétaire (vendra-t-il ou non ?).

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Selon cette logique, il n’y a plus d’emprunt. Un crédit étudiant pourrait devenir ainsi une avance remboursable en pourcentage d’un salaire futur, par exemple. Et l’on pourrait imaginer que chacun puisse trouver ainsi à financer ce qu’il est capable de faire plus tard – à la limite, comme dans ce roman de Bernard Mourad, Les Actifs corporels (2006), où les êtres humains peuvent être cotés en bourse sous la forme de « sociétés-personnes » dans le cadre de la « Nouvelle Économie individuelle »…

Bon, nous n’en sommes pas là ! Pour le moment, Point semble avoir trouvé moins d’une centaine de propriétaires, auxquels il a prêté individuellement en moyenne 80 000 $. Mais Point est à suivre…

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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