A partir de 2005, en France, un certain nombre de banques ont lancé des solutions de coffre fort numérique ; une offre vis-à-vis de laquelle elles pensaient pouvoir bénéficier d’un fort capital de confiance chez leurs clients et qui rencontra pourtant un échec. En septembre 2013, les Caisses d’épargne ont relancé la formule avec un coffre fort numérique « intelligent ». Un million d’utilisateurs sont visés d’ici 2015 – le même nombre que Digiposte, la solution de la Poste, aujourd’hui – ce qui représente une perspective mesurée, alors qu’internet est devenu le premier canal d’accès et d’interaction des clients avec leur banque.

Pourquoi les coffres forts numériques proposés par les banques ne marchent-ils pas mieux ?

Les clients – les internautes en général – n’auraient-ils pas encore compris l’importance de l’archivage de leurs données digitales ? C’est douteux alors que Dropbox compte entre 175 et 200 millions d’utilisateurs dans le monde et que les solutions d’archivage se multiplient de tous côtés (Google Drive, ICloud, etc.).

Quels sont les avantages de Dropbox justement ? Un service freemium : 2 Go de stockage gratuits, facilement extensibles jusqu’à 8 Go. La synchronisation des dossiers stockés sur tous les appareils qui s’y connectent et l’accès aux dossiers possible hors connexion. Un outil commode de partage, de collaboration, d’envoi de dossiers volumineux, se substituant au courriel.

Quels sont les principaux inconvénients de Dropbox en regard ? La propriété des dossiers archivés revenant à Dropbox et pouvant donc faire l’objet d’une demande de communication du gouvernement américain… Une sécurité qui peut sans doute être mise en question, ce qui peut en limiter l’usage. Un point sur lequel les banques ou la Poste sont en bien meilleure position, quoiqu’elles ne soient pas les seules (assureurs par exemple) et qui les oblige de plus à fonctionner en réseau fermé d’utilisateurs et de partenaires émetteurs d’actes dématérialisés. Dès lors, les coffres forts numériques des banques, ainsi que Digiposte, présentent des espaces de stockage et de partage assez limités en termes d’interlocuteurs, sur lesquels il faut, comme avec Dropbox, gérer soi-même la mise en ligne de documents – malgré des outils d’aide, comme FaxDirect ou PhotoDirect proposés par exemple par Monabanq. D’où la solution « intelligente » des Caisses d’épargne : un extracteur capable de recueillir automatiquement factures et autres documents auprès de plus de 80 émetteurs partenaires.

Au-delà, cependant, ces solutions présentent plusieurs inconvénients.

Tout d’abord, il s’agit de solutions payantes, ce qui pose un problème. Non pas lié au coût de la prestation (1,2 € par mois pour 5 Go de stockage pour les Caisses d’épargne par exemple) mais parce que ce paiement matérialise un engagement qui peut faire hésiter : que se passe-t-il si l’on cesse de payer ? La banque peut-elle retenir les données à un titre ou un autre ? Comment faire en cas de changement de banque ? Rien de tel avec Dropbox, tant que l’on se tient aux Go gratuits et tandis que les données demeurent copiées sur l’ordinateur personnel.

Ensuite, les solutions bancaires laissent leurs utilisateurs largement passifs. Certes, inscrites dans l’espace numérique individuel dont internet à doté les clients des banques, elles sont personnalisables. Mais pour faire quoi, sinon classer ses factures et documents ? Puisque, en plus de l’archivage, la réception de documents dématérialisés est facilitée, cette liaison devrait être fortement intégrée, d’une part avec les outils de PFM et de gestion de ses comptes, d’autre part avec les fonctions de paiement et d’émission de documents. Cela est-il possible ou prévu, notamment avec la solution des Caisses d’épargne ? Cela n’est pas du tout mis en avant, en tous cas.

Enfin, la multiplication des offres d’archivage numérique de la part d’une multitude d’acteurs aujourd’hui ne leur nuit-elle pas fortement ? Cela ne va-t-il pas à l’encontre de l’intégration de leurs données (issues de banques différentes notamment) que souhaitent des clients qui, pour cette raison, sont tentés de se tourner vers les solutions les plus globales, les plus partagées, telles que proposées par les grands acteurs du net ?

Au total, à travers leurs offres de coffre fort numérique, se laisse deviner une vraie difficulté pour les banques françaises : réaliser que leurs clients les plus à potentiel sont désormais des consom’acteurs multibancarisés. A partir de quoi, la vraie solution pourrait bien être une solution de place (exactement comme les banques françaises surent très bien le faire pour la carte bancaire), surtout si elle associe une messagerie interbancaire capable de véhiculer les actes commerciaux dématérialisés liés aux paiements (où l’on retrouve le projet Sépamail, dont nous parlons souvent). C’est que, finalement, l’archivage numérique pourrait bien être un enjeu majeur pour les banques.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor.

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