Et si la première grande banque de demain était russe ?, demandions-nous il y a presque deux ans en présentant l’étonnante transformation de la Sberbank, une vieille dame de 179 ans, héritière des caisses d’épargne de la Russie des Tsars. Aujourd’hui, l’établissement  abandonne son appellation « bank », sans abandonner ses activités bancaires au contraire, pour se nommer simplement « Sber » et se hisser au niveau d’une Big Tech comparable à Google ou Apple, à l’échelle du marché russe. Une stratégie qui ne peut laisser indifférent.

Aujourd’hui, parmi les nouveaux acteurs capables, sinon de se substituer aux banques au moins de les supplanter dans la distribution de produits financiers, les GAFAM sont les plus crédibles et les plus redoutés – à l’exemple de ce qu’ont déjà su réaliser sur leur propre marché les géants de l’internet chinois. Depuis plusieurs années, la Sberbank a complètement intégré cette menace, à laquelle elle est pourtant peu exposée (les GAFAM pèsent peu en Russie) mais qui lui a permis de définir sa stratégie. Laquelle consiste à devenir pleinement une entreprise technologique, bien plus qu’une banque, et à occuper une position déterminante en termes de e-commerce, de services en ligne et de solutions digitales.

Ainsi, après avoir tenté de monter l’Amazon russe avec Yandex, le Google russe (qui s’intéresse désormais à Tinkoff, le succès de la Fintech russe), Sber a récemment annoncé toute une série de développements incluant la reprise du même projet avec Mail.ru, le lancement d’un SmartMarket comparable à l’Apple Store, des services en Cloud, des déploiements dans le streaming et bien d’autres choses encore.

Attention ! Face à ces annonces, la stupide condescendance avec laquelle nous avons tendance à considérer en France tout ce qui vient de Russie serait certainement déplacée. Dans notre article cité ci-dessus, nous soulignions déjà les transformations d’envergure, la culture de l’innovation et les excellents fondamentaux que l’établissement a su acquérir ces dernières années. De sorte qu’aucune des orientations annoncées ne part de rien.

Par ailleurs, Sber ne change pas de métier. Tout est bâti finalement autour de ses services financiers, pour lesquels d’autres développements sont annoncés et notamment un intéressant assistant virtuel avec trois profils distincts. En somme, les services en ligne et le e-commerce sont comme autant de prolongements naturels des services bancaires, pour devenir  l’assistant de tous les jours de ses clients. En Occident, on raisonne plutôt aujourd’hui dans l’autre sens !

Maintenant, le cas de Sber n’est absolument pas transposable dans notre univers. Avec ses plus de 100 millions de clients, l’établissement domine son marché et, avec l’Etat russe détenant la majorité de son capital, peut se permettre beaucoup de choses. De sorte que la question ne peut être contournée : quand un établissement aussi dominant que Sber hâte sa transformation à marche forcée pour se hisser au niveau de services que proposent des Big Tech qui le menacent peu, que peuvent faire les banques occidentales qui sont susceptibles de subir la concurrence des GAFAM de plein fouet !? Et combien d’entre elles sont à cet égard aussi avancées que Sber dans leur réflexion stratégique ?

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