Il nous semble intéressant de présenter les points de vue récents – et cinglants – de deux blogueurs spécialisés, deux observateurs avisés des évolutions financières et bancaires. Deux constats, certes, assez peu encourageants. Mais, pour avancer, certaines choses méritent d’être dites.

Sur son blog, Chris Skinner se demande combien les banques peuvent bien actuellement dépenser pour leur transformation digitale. Il rappelle que plusieurs études ont souligné le faible nombre de banques effectivement engagées dans une telle transformation et le nombre, plus élevé, de celles l’accomplissant sans réelle stratégie.

Il a pu être estimé que 70% des initiatives bancaires de transformation digitale n’atteignent pas leurs objectifs. On peut dès lors parler de gaspillage,  juge Chris Skinner. D’autant plus que les sommes semblent être dans un rapport de un à vingt entre le financement que reçoit la fintech et les investissements digitaux des banques. Or, même si les chiffres ne sont pas exactement comparables entre ce que dépensent ainsi les unes et les autres, les banques investissent sans doute pour le moins deux fois plus que ce que reçoivent les fintechs. Alors, où sont les innovations à la hauteur de tels budgets ?

Pour les banques, ce n’est pourtant pas faute d’avoir des responsables de l’innovation ou du digital. En fait, c’est peut-être là le problème !, suggère Chris Skinner. La transformation est laissée à des spécialistes. Largement mis en avant, ce qui laisse croire que l’innovation ne peut qu’échapper à tous les autres.

Le problème est que la transformation digitale n’a pas grand-chose à voir avec la technologie !, lance Chris Skinner. Elle ne consiste pas à avoir une appli mobile ou à travailler à distance. Elle est une culture, fondée sur la volonté de bouleverser les modèles classiques. Combien de dirigeants cependant, demande Chris Skinner, s’en préoccupent-ils suffisamment ? Combien ont une vision ambitieuse et originale de ce que la banque doit être demain, au-delà des clichés que leur souffleront leurs spécialistes, s’ils doivent répondre à la question ? Combien de patrons de banque veulent changer la banque ? Et ont des idées suffisamment précises pour savoir comment faire ?

Le problème, pour Chris Skinner, est donc le manque de vision susceptible de fonder un leadership vraiment innovant. Et à ce constat fait écho un récent papier sur le blog C’est pas mon idée ! Quelque peu excédé par les poncifs que rabâchent les « spécialistes » de l’innovation en France, Patrice Bernard pointe comme premier frein la peur de l’audace et du risque. Et tous les dispositifs qui existent pour les éviter.

Ce constat fait écho au précédent car, bien entendu, l’audace et l’originalité ne peuvent s’affirmer si elles ne sont pas portées par le leadership. Et il est intéressant que ce constat n’épargne pas nombre de startups, dont les créateurs se tiennent volontiers à une audace finalement limitée et calculée, souligne Patrice Bernard.

Deux constats sombres ainsi, qu’il serait d’usage de tempérer en rappelant que, malgré tout, on compte nombre de créateurs et dirigeants qui portent de vraies transformation. Or, c’est certainement vrai mais cela n’est pas tellement la question.

Nous l’avons-nous-mêmes souligné, à ce stade la transformation digitale n’augmente d’elle-même ni les ventes, ni les marges. Dès lors – c’est ce que chacun à sa façon soulignent les deux points de vue ci-dessus – la question porte sur la pertinence d’investissements, aussi importants soient-ils, dès lors qu’ils ne doivent pas seulement soutenir une transformation mais une véritable réinvention.

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