Pour les banques françaises dans l’ensemble, la décennie 2007-2017 n’a pas vraiment été bonne. La croissance du PNB des principaux groupes bancaires a été en moyenne inférieure (8%) à l’inflation cumulée (13%). Leur ROE a été pratiquement divisé par deux. Et la capitalisation des groupes cotés a en moyenne fondu d’un tiers. Toutefois, pour interpréter ces résultats, mieux vaut se méfier de certaines idées reçues tenaces.

1/ Idée reçue : la médiocre croissance du PNB tient à la faiblesse des taux d’intérêt.

Les taux ont rarement été aussi bas que ces dernières années et cela a certainement joué. Néanmoins, la part des commissions nettes dans le PNB des principaux groupes bancaires français n’a pas augmenté en moyenne, au contraire, de 2007 (31,7%) à 2017 (30,4%). Les marges de taux assurent toujours l’essentiel des revenus et, pour compenser la baisse des taux, les encours ont augmenté – aidés notamment en cela par le renchérissement continu des prix immobiliers sur la période.

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Sur dix ans, le Crédit Mutuel Arkéa est la banque française dont le PNB a le plus augmenté.

2/ Idée reçue : dans le PNB des banques françaises, la part des commissions est faible – plus faible que chez les banques étrangères.

Pourtant, a) si la part des commissions nettes dans le PNB de certains groupes anglo-saxons est effectivement nettement plus élevée (Barclays : 53%, Bank of America : 49%), elle ne représente par exemple que 26% chez HSBC Group, 24% chez Banco Santander, 19% chez BBVA et 15% chez ING Group. b) dans la banque de détail en France, la part des commissions atteint en moyenne 38% et certains établissements sont à 45% ou 50%.

3/ Idée reçue : en période de vache maigre, les banques se « servent » allègrement et de plus en plus sur les commissions facturées à leur clients.

Cependant, la part des commissions clientèle dans les commissions nettes est restée quasiment la même de 2007 (37,5%) à 2017 (37,6%).

4/ Idée reçue : avec la crise, les banques ont restreint le crédit.

Sur dix ans, les encours de crédits à la clientèle des principaux groupes bancaires français ont augmenté en moyenne de 74,8% (21,8% sur les cinq dernières années).

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5/ Idée reçue : les banques poussent leurs clients au découvert. En période de taux bas, il est particulièrement rentable.

Sur dix ans, le poids des découverts autorisés dans le total des actifs des banques françaises à en moyenne été divisé par deux. Seuls quelques établissements sont allés à l’encontre de cette tendance générale.

6/ Idée reçue : les banques françaises ont le meilleur coût du risque d’Europe.

Le taux moyen de Non performing loans atteignait 4% dans la zone euro fin 2017 (6% fin 2016). Les banques italiennes et espagnoles (Banco Santander restait à 4% fin 2017, BBVA à 4,4%) en portaient l’essentiel. Les banques françaises étaient toutefois à 3,1%, contre 1,9% pour les Allemandes et 1,5% pour les Anglaises.

7/ Idée reçue : l’extrême faiblesse des taux n’a eu que peu d’impact sur l’épargne et la consommation des Français.

Cela ne s’était sans doute jamais produit à un tel niveau : sur dix ans, les comptes courants créditeurs (l’argent laissé en compte courant, sans rémunération, par les clients) ont plus que doublé dans les banques de détail françaises, jusqu’à représenter aujourd’hui un quart de leurs ressources en moyenne. C’est autant de moins pour l’épargne et la consommation. La France est tombée dans une « trappe à liquidités » (voir l’explication ici).

8/ Idée reçue : finies les belles années ! Les banques ont serré les augmentations de salaires.

Le coût moyen par personnel n’a pas cessé d’augmenter sur dix ans : 25,6% en moyenne pour les groupes bancaires français. Par comparaison, le salaire réel moyen en France n’a augmenté que de 6% sur la même période. L’explication est sans doute à rechercher dans le pourcentage majoritaire et sans cesse croissant des personnels cadres. Alors que ceux-ci représentaient un tiers des effectifs il y a dix ans, ils en forment plus de la moitié aujourd’hui en moyenne dans les banques françaises. Et les établissements qui en comptent 60% et plus ne sont plus rares. En France, les cadres ne représentent pourtant que 16,7% de la population active. Ces dernières années, les bac+5 ont fourni plus d’un tiers des embauches des banques françaises, contre moins de 10% pour les profils n’atteignant pas le niveau bac+2.

9/ Idée reçue : les salaires représentent l’essentiel des charges d’exploitation des banques.

Spontanément, on imagine souvent que les charges de personnel représentent au moins 70% des charges totales. En fait, pour les principaux groupes bancaires français, elles ne dépassent pas 57% en moyenne.

10/ Idée reçue : les banques françaises ont toutes, globalement, des performances assez semblables.

Les écarts de productivité entre les banques françaises (PNB annuel par employé) vont de 148 945 € à 271 785 €.

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