Malgré une mauvaise année 2012 pour beaucoup d’établissements et une année 2013 qui ne sera pas non plus très réjouissante, la banque de détail en France se porte bien et affiche une solide rentabilité. Il n’est pas inutile de le souligner, alors qu’on la répute volontiers aujourd’hui en perte de vitesse, lestée par ses agences désertées et alors qu’on la somme d’accélérer son passage à la banque à distance et sur mobile.

Pourtant, si les réseaux les mieux installés affichent des coefficients de rentabilité à faire pâlir bien d’autres secteurs économiques, les nouveaux entrants sur le marché de la banque de détail, ceux qui pouvaient réinventer ses modèles, des assurbanques aux banques en ligne, en passant par les banques de la grande distribution, sont à la peine ou affichent une rentabilité moyenne. Ils n’ont pas changé la donne ; à l’exception des deux banques des constructeurs automobiles : Banque PSA Finance et surtout RCI Banque, laquelle présente non seulement un coefficient de rentabilité (62%) supérieur de 57 points à celui de Renault (5%) mais assure 33% du résultat avant impôt du Groupe, dont elle ne réalise que 2% du chiffre d’affaires !

Qui a dit que la banque de détail n’était pas un métier d’avenir ? Même au sein des groupes bancaires eux-mêmes, la banque de détail affiche souvent une rentabilité largement supérieure à celle des autres activités – la rentabilité avant impôt du Groupe Société Générale était de 6% en 2012. Elle était de 24% pour Société Générale Réseaux France.

Dans le Top 15 des banques françaises les plus rentables, RCI Banque et Banque PSA Finance sont respectivement à la première et à la quinzième place, sur les 110 banques dont nous avons analysés les résultats. Mais ces deux établissements, même s’ils élargissent actuellement leurs offres, demeurent singuliers dans le paysage bancaire français et difficilement comparables aux autres – ne serait-ce que parce qu’ils sont tributaires de l’activité propre de leur actionnaire, comme les difficultés de refinancement de Banque PSA Finance l’ont illustré fin 2012. Quelles sont les 13 autres banques les plus rentables dès lors ? Treize Caisses régionales du Crédit Agricole !

De tous les groupes bancaires français, le Crédit Agricole présente, à travers ses différentes Caisses régionales, les résultats à la fois les plus disparates et les plus élevés. Faut-il en conclure que les Caisses disposent d’une plus grande autonomie de gestion, comme tendent à l’indiquer leurs écarts de résultats et que cela leur permet des performances plus importantes ? Peut-être. Toutefois, nos analyses montrent qu’il serait illusoire de croire qu’une seule raison rend compte à elle seule de la performance relative des différents établissements. Il n’y a pas de critère simple, comme des salaires bas, un fort PNB par client, un faible ou un grand nombre d’agences, etc., qui expliquerait de manière directe les différences de rentabilité entre établissements. Les écarts reposent plutôt sur la combinaison d’un certain nombre d’indicateurs. La situation propre à chaque établissement relève au sens fort du management. C’est pourquoi il ne faut pas parler seulement de rentabilité mais bien de performance.

Intéressons nous par exemple à 7 établissements, dont les 2° et 3° plus rentables, les Caisses régionales du Crédit Agricole Brie Picardie et Centre Est et, toujours parmi le Top 15, deux autres Caisses régionales de Crédit Agricole, aux coefficients de rentabilité confortables. Penchons-nous encore sur 3 autres établissements dont on peut estimer que leur rentabilité réelle est inférieure à leur potentiel. Nous pouvons ainsi dresser le tableau de bord suivant :

Chaque établissement présente un profil bien différent :

  • La Caisse d’épargne Ile-de-France affiche le profil typique d’un établissement qui subit une forte concurrence.
  • La Banque postale parait déployer des moyens onéreux, notamment en termes de charges de personnel, par rapport à la rentabilité effective de sa clientèle.
  • Boursorama présente un gros potentiel, en même temps que le profil assez caractéristique d’un établissement qui ne cible pas exactement la clientèle qu’il lui faudrait.
  • Les Caisses régionales de Crédit Agricole Aquitaine et Toulouse ont toutes deux des clientèles à fort potentiel mais peut-être des réseaux d’agences trop denses.

Les Caisses régionales de Crédit Agricole Brie Picardie et Centre-Est, avec de bons fondamentaux, montrent une capacité remarquable à ajuster leurs charges à leurs activités. Qui sait cependant qu’il s’agit là des banques universelles les plus performantes de l’Hexagone ? Des établissements qui présentent des coefficients d’exploitation en ligne avec ceux des banques les plus conquérantes des pays émergents ?

Le Crédit Agricole Brie Picardie coiffe les départements de la Somme, de l’Oise et de la Seine et Marne. En 2012, malgré une baisse de 4% de son PNB, il a maintenu un coefficient de rentabilité qui est non seulement le plus élevé dans la banque de détail mais qui est encore – et c’est très rare – supérieur à son coefficient d’exploitation. Et si, inséparables d’un fort ancrage local, les vrais modèles de la banque de détail étaient en Province ? Pour l’anecdote et parce que ça ne s’invente pas, signalons que le Président du Conseil d’administration de la banque la plus rentable de France se nomme Guy Proffit.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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