Depuis quelques années, dans les pays anglo-saxons, les banques mettent de plus en plus sur pieds des programmes d’éducation financière, notamment à travers la gamification. En France, le sujet n’intéresse pas franchement ni les banques, ni les fintechs. C’est que, mal interprétée, l’expression masque l’enjeu, considérable, qu’elle recouvre.

Si l’on vous parle « d’éducation financière », il est probable que vous allez comprendre quelque chose comme l’enseignement des réalités financières et bancaires : usages des moyens de paiement, règles de gestion des comptes, engagements liés au fait de contracter un crédit, droits et recours possibles dans différentes situations, etc. Pour tout cela, beaucoup de banques en France, ainsi que d’autres organismes comme la FBF, sans parler des sites spécialisés, proposent des fiches et d’autres rappels. Les chargés de compte jouent également un rôle important de transmission, tandis que les usages les plus élémentaires (remplir un chèque, par exemple) sont souvent appris dans le cadre familial. Voilà tout et, à partir de là, les banques ne voient pas tellement ce qu’elles devraient faire de plus. D’autant que le public s’estime lui-même de plus en plus compétent, jusqu’à mettre en cause l’expertise des chargés de compte.

Depuis quelques années, cependant, lorsqu’on parle d’éducation financière dans les pays anglo-saxons, on parle d’autre chose : des comportements financiers des particuliers comme des petites entreprises et comment les nouveaux outils digitaux les invitent à évoluer. C’est qu’on s’est rendu compte que si ces nouveaux outils, souvent, ne rencontrent pas l’adhésion attendue et sont fréquemment abandonnés après quelques utilisations, c’est qu’ils ne correspondent guère aux comportements réels.

Les banques ont présenté comme une grande avancée le fait de pouvoir, à travers une appli, accéder en permanence à sa situation de compte. Cependant, plus d’un tiers des clients n’ouvrent déjà pas leur relevé de comptes dans le mois qui suit sa réception ! On a développé des outils de Personal Finance Management. La moitié des Américains ne font pas ou pas régulièrement de budget ! On a mis en place tout un système d’alertes quant aux débits en compte. La plupart des clients ne gèrent pas leur finance au jour le jour. Ils attendent le prochain versement de leur salaire et n’ont souvent qu’une estimation assez imprécise de leurs charges. Justement, les outils de PFM pourraient les aider. Peut-être mais, n’en ayant pas l’habitude, ils n’en ressentent pas le besoin. Au contraire, pour beaucoup, ces outils paraissent porteurs d’inquiétudes nouvelles.

Les choses bougent néanmoins. Il y a d’abord eu l’étonnant succès, aux Etats-Unis comme dans de nombreux autres pays, du livre de Robert Kiyosaki  Père riche Père pauvre, dont la première édition est parue en 1997. L’ouvrage souligne l’importance de l’éducation financière pour construire sa richesse et devenir financièrement autonome ; son importance donc tant en termes de réussite sociale que pour sortir de la pauvreté de manière générale.

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A partir de là, l’éducation financière fait aujourd’hui l’objet d’une forte demande de la part du public, quelles que soient les générations.

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Au total, l’éducation financière aura été une dimension aussi indispensable que négligée de la montée en puissance de la banque digitale – un peu comme si l’on avait mis en vente des voitures sans apprendre à conduire à la majorité des gens !

Allons donc, les gens ne sont pas si bêtes !, allez-vous sans doute penser. Justement. Et c’est pourquoi les comportements devraient évoluer. Néanmoins, il s’agit précisément de comprendre qu’il ne s’agit pas ici, pour provoquer des changements, de convaincre. Il s’agit de changer des habitudes. C’est précisément ce qu’on entend désormais par « éducation financière ».

Pour cela, la néobanque anglo-américaine IAM a été jusqu’à mettre en place des ateliers d’éducation financière faisant intervenir un psychothérapeute ! Nous ne savons pas si la formule a été poursuivie. Elle souligne cependant qu’amener le public à utiliser les nouveaux outils digitaux, ou les offres de nouveaux acteurs, passe moins par des arguments que par un accompagnement (et la gamification représente à cet égard un vecteur certainement intéressant). C’est d’abord une affaire de mise en confiance, dont dépendront en définitive l’adoption plus ou moins rapide de la banque digitale et le succès que ses différents acteurs pourront rencontrer – c’est d’ailleurs un point sur lequel les banques et fintechs ont une carte à jouer par rapport aux GAFA. Il y a beaucoup à faire en matière d’éducation financière.

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