Normalement, le bon sens voudrait que l’on paye ce qu’on consomme de manière courante à prix réel, c’est-à-dire à son coût de revient plus une marge, et ce qu’on consomme de manière accessoire à son coût marginal. Dit plus simplement, je connais et paie le prix réel de ce que j’achète, tandis que les petites dépenses accessoires, comme récupérer un duplicata, souvent dues à un oubli ou à une erreur de ma part, sont très peu chères ou gratuites.

En France, les banques de détail pratiquent un système largement inverse et cela oblige à produire régulièrement des rapports pour expliquer que, non, les banques françaises ne sont pas plus chères que les autres ; tandis que beaucoup de clients, qui ne tiennent pas compte – et ne le peuvent – de tout ce que leur banque leur fournit à des prix très favorables, ont malgré tout l’impression de se « faire avoir » et que les banques abusent, quand ils découvrent les petits frais qui peuvent leur être facturés, notamment à l’occasion d’un dysfonctionnement en compte.

On parle à ce propos de « frais cachés » mais ceux-ci apparaissent clairement dans les catalogues tarifaires. Qui cependant lit ces catalogues en détail ? Nous l’avons fait, particulièrement pour les banques en ligne. Et, avec elles, la situation devient tout à fait paradoxale.

D’un côté, la gratuité et la commodité de nombreux services et produits sont mises en avant au titre d’arguments commerciaux décisifs par les banques en ligne. Gratuité des opérations courantes, pas de frais cachés, pas de packages – Axa Banque propose même de ne pas facturer les petits découverts.

Mais d’un autre côté, voici quelques extraits des catalogues de conditions à fin 2012 de plusieurs banques en ligne :

  • un duplicata de relevé coûte 12 € chez Boursorama, 15 € chez Monabanq et 6 € chez Fortuneo.
  • La photocopie d’un chèque émis coûte 15 € chez Boursorama et 10 € chez Monabanq.
  • Les frais de recherche de documents sont de 10 € par page chez Fortuneo et de 5 € par document chez ING Direct.
  • La réédition d’un échéancier de crédit immobilier coûte 30 € chez Boursorama.
  • Chez Monabanq, la liste des opérations automatiques et récurrentes exécutées sur un compte coûte 15 € et les frais de tenue d’un compte de dépôt inactif 17,5 €.
  • Chez Cortal Consors, la recherche d’un document archivé coûte 53 € et une photocopie 14 €.
  • Chez Fortuneo, la réédition d’un code secret est gratuite en ligne et coûte 10 € par téléphone.
  • Chez ING Direct, une lettre pour un compte en anomalie coûte 15 € et un chèque rejeté pour défaut de provision coûte 30 € si le chèque est inférieur à 50 € et 50 € au-delà.

Là, avouons-le, on ne comprend pas ! Impossible de considérer que les photocopies soient si déterminantes dans les résultats des banques en ligne pour les facturer à de tels prix ! Mais alors, il est tout aussi difficile de croire que personne ne se soit rendu compte du caractère exaspérant et même ruineux, quant à la confiance, de ces divers frais pour les clients. Sans doute ce que rapportent ces frais ne représente-t-il qu’une faible fraction des budgets publicitaires des banques en ligne, dont ils ruinent pourtant largement les promesses, surtout dès lors qu’il en est fait état dans les forums internet. Pourtant, ces frais existent et, de ce point de vue, les banques en ligne n’ont guère créé de rupture avec les réseaux traditionnels. Dès lors que les opérations courantes sont présentées comme « gratuites », tandis que les frais accessoires paraissent assez arbitraires, il n’y a pas de vraie transparence des prix. Pourquoi ? Les banques ont leurs raisons sans doute. Que la raison ignore.

 

P. ADOUX/Score Advisor

 

 

 

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