Le Crédit Agricole a récemment publié une Charte sur la protection des données personnelles de ses clients. Bien que cela ait été peu commenté, c’est un événement. Les banques s’étant engagées aussi clairement sur ce thème demeurent en effet, en France et ailleurs, très peu nombreuses. Il convient d’ailleurs de souligner que le Crédit Mutuel a été à cet égard un véritable précurseur, à travers une Charte comparable qui explique notamment avec transparence l’utilisation des cookies et comment il est possible de les refuser. Pourtant, même si de tels engagements demeurent assez exemplaires, ils paraissent déjà insuffisants.

La Charte du Crédit Agricole est un événement. Elle est cependant publiée après que le nouveau Règlement européen sur la protection des données personnelles du 4 mai 2016, applicable en 2018, fixe assez vigoureusement un droit à l’oubli pour chacun et le principe d’un consentement clair et explicite quant à l’utilisation par une entreprise des données qu’elle détient le concernant – avec une sanction de 4% du chiffre d’affaires total en cas de violation de ce principe.

De ce point de vue, le Crédit Agricole adopte une ligne claire : le Groupe s’interdit de vendre les données personnelles de ses clients. Tans pis pour les mirifiques promesses du Big Data : parvenir, par l’analyse massive des données, à déterminer à l’échelle individuelle les attentes précises des clients. Certains y ont vu et y voient encore une nouvelle source de revenu déterminante pour les banques : vendre à d’autres commerces les données clients qu’elles collectent, notamment à travers les paiements. En fait, cela parait bien naïf ! Les projections en termes de revenus ne sont guère significatives. Les analyses ne donnent pas de résultats très pertinents – un prêteur en ligne comme Kabbage a ainsi annoncé qu’il renonçait au « scoring social » (sonder le profil des emprunteurs à partir de leurs comportements sur les réseaux sociaux), lequel ne fournit pas d’informations vraiment consistantes et peut facilement être contourné par les internautes.

Il faut en effet être passablement naïf pour croire qu’un marketing intrusif, fondé sur l’exploitation de nos données privées et qui ne peut qu’aboutir qu’à un bombardement rapidement contre-productif de sollicitations commerciales, puisse ne pas susciter un rejet lui aussi massif – sans parler de réglementations comme celle, récente, de l’UE.

L’attitude du Crédit Agricole parait ainsi pleinement justifiée et, à vrai dire, on comprend mal que beaucoup d’autres banques tardent à s’aligner sur la même ligne de conduite. Dans un contexte où le sujet devient de plus en plus sensible et suscite une inquiétude de plus en plus générale, les banques ont tout intérêt à revaloriser leur positionnement traditionnel de tiers de confiance en matière de protection de la vie privée. En ce sens, la charte du Crédit Agricole annonce la création d’un espace client sécurisé permettant à chacun de ses clients la gestion de ses données et l’exercice facilité ainsi du droit de retrait dont il dispose.

En Australie, Westpac et NAB vont encore plus loin. Car si les promesses du Big Data peuvent paraitre excessives à ce stade, il n’en reste pas moins que les entreprises ont tout intérêt à mieux analyser et à échanger leurs données. Les deux banques ont créé à cet effet (avec Quantas) une plateforme d’échange BtoB, Data Republic, à travers laquelle elles proposent aux entreprises de se charger de la conservation sécurisée et de l’anonymisation des données.

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En somme, le contexte offre particulièrement aux banques l’opportunité de revaloriser, comme l’un de leurs principaux atouts, le secret bancaire. Mais cela, qui vaut surtout vis-à-vis de tiers, peut-il suffire ? L’inquiétude face à l’exploitation de nos données personnelles recouvre également l’idée d’être jugé sur des critères opaques, inconnus. La Charte du Crédit Agricole fixe l’engagement d’expliquer de manière transparente aux clients ce qui est fait de leurs données. Or, de ce point de vue, les banques françaises pourraient sans doute s’inspirer de la transparence que déploient, depuis plusieurs années, les grandes banques américaines en matière de credit score, y voyant un instrument de fidélisation et même, comme Bank of America avec son programme Better Money Habits, un vecteur d’éducation financière.

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Par comparaison, les banques françaises demeurent assez fermées quant à l’idée de mettre à plat leurs critères d’évaluation. On peut parier que cela changera.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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