La majorité des entreprises qui innovent s’imitent les unes les autres. Elles se contentent d’introduire quelques différences à un produit commun. La fintech en fournit aujourd’hui un parfait exemple, avec ses innombrables solutions de PFM, de paiement digital, avec ses néobanques et ses plateformes de financement participatif apparues ces dernières années. Dans un tel paysage flottent cependant quelques électrons libres, radicalement inventifs, qu’en général personne ne remarque. Il serait pourtant dommage de passer à côté de ce que propose Digi.me.

Créée en 2009 à Tongham, au sud ouest de Londres, Digi.me se positionne sur l’Identity Management, un domaine qui va sans doute prendre une très grande importance mais dont personne ne s’est encore vraiment emparé.

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Ses animateurs, dont Julian Ranger, son fondateur, ne sont pas des juniors et ils viennent du monde industriel. Cela se ressent à plusieurs titres et d’abord dans le caractère très logique et simple de la solution qu’ils proposent.

Aujourd’hui, on s’accorde à dire que l’exploitation des données clients va devenir un élément de marketing essentiel, pour piloter l’offre des entreprises et leur permettre de formuler des propositions ciblées, personnalisées. Pour cela, néanmoins, pour parvenir à autre chose qu’à ces bandeaux publicitaires personnalisés qui polluent désormais les pages internet que l’on consulte et qui ont la même efficacité que les spams, il sera nécessaire d’accéder de manière bien plus large à nos données. Mais cela provoquera certainement de vifs rejets, au titre de la protection de notre vie privée.

D’un autre côté, la technologie permet aujourd’hui d’emporter partout nos données avec nous, sur notre mobile et notre ordinateur. Données des réseaux sociaux, des sites de streaming, des applis diverses que nous utilisons, données bancaires et de santé, achats, etc., il est possible de stocker tout cela pour soi, de le rassembler sous différentes formes, au choix, et d’utiliser des moteurs de recherche performants pour s’y retrouver. Dès lors que nos données personnelles seront de plus en plus numériques, c’est toute notre vie qui sera ainsi à portée de main, avec de nouvelles manières de l’explorer, de nous découvrir.

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L’ambition est énorme : explorer un nouveau continent, celui de l’égotisme numérique. Nouvelles manière d’organiser nos souvenirs, de retracer notre histoire personnelle, de suivre notre santé, les possibilités sont gigantesques. En même temps, cette approche devrait rencontrer la nouvelle dimension d’un marketing individuel. Cela semble possible, à condition que les choses soient claires, transparentes et recueillent notre assentiment. On peut ainsi parler d’une véritable révolution économique et culturelle. Mais la solution parait assez simple : il faut un outil, capable des fixer des codes. Mieux même, un canal – surtout si l’on imagine que, demain, l’accès direct à nos données puisse être rémunéré. Et c’est exactement ce que propose Digi.me.

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Digi.me ne propose qu’un outil et c’est un autre aspect du caractère fondamentalement industriel de sa solution. Car Digi.me ne s’intéresse pas à nos données. Il ne les voit pas, ne les recueille pas et il laisse le choix quant au cloud personnel sur lequel elles seront stockées. Digi.me n’essaye pas de mettre la main sur une ressource. Il fixe les standards, industriels, valables à une très large échelle, de sa valorisation.

L’enjeu est considérable mais, à ce stade, incertain. C’est le propre de toutes les solutions véritablement disruptives. Digi.me va au bout de ce qui n’est encore perçu que comme un ensemble de tendances. Il répond, déjà, à des besoins seulement émergents. Cela se ressent dans l’attitude, attentiste, des investisseurs. Depuis sa création, Digi.me a levé 10 millions $. C’est peu par rapport à l’envergure de la vision. Peu par rapport à ce qu’ont récemment levé des agrégateurs de comptes – la dernière mode – dont Digi.me rend pourtant les solutions déjà trop limitées et même dépassées.

Digi.me a néanmoins su intéresser quelques investisseurs clairvoyants (Swiss Re, Microsoft Accelerator, Omidyar Network) et des partenaires bien positionnés (Fnac, Lenovo). Pas de banques apparemment, alors que celles-ci sont particulièrement et doublement concernées : comme fournisseurs de données clés et comme tiers de confiance, dont on pourrait particulièrement attendre qu’ils promeuvent des solutions de ce genre. Certes, celles-ci, à l’instar de ce que propose Digi.me, peuvent paraître à ce stade un peu trop disruptives. Il est pourtant difficile d’imaginer qu’à un terme qui pourrait être bien plus rapproché que l’on n’imagine, elles ne vont pas, sous cette forme ou une autre, finir par s’imposer.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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