Les plus de 40 ans se souviennent de l’adage : « la banque sera la sidérurgie de demain ! ». Une sombre prévision, lancée dès la fin des années 70, largement reprise mais qui ne s’est jamais réalisée. On n’a pas vu les banques licencier à tours de bras. Aussi peut-on prendre avec un certain recul l’annonce récente par les analystes de Wells Fargo d’une perte de 100 000 emplois dans les banques (la prévision ne concerne que les banques américaines mais il n’y a pas de raisons que les autres y échappent) dans les cinq ans.

Pourtant, cette fois-ci, la prévision semble reposer sur des bases solides, factuelles et d’autres annonces, comme celle du départ (volontaire) de 1 500 collaborateurs par an d’ici 2025 dans le cadre de la fusion Société Générale-Crédit du Nord paraissent lui faire écho.

En fait, les analystes de Wells Fargo n’apportent aucun élément nouveau. Leur pronostic se fonde simplement sur le constat de la généralisation de la banque digitale et de l’automatisation des traitements. Dans ces conditions, estiment-ils, les centres d’appels ne pourront que fortement maigrir et les agences verront leurs effectifs fondre de 20%. Ensuite, cela demandera un peu plus de temps, les centres de traitement (back offices) seront à leur tour impactés. Jusqu’à perdre la moitié de leurs effectifs. Au total, ce sont 200 000 emplois qui vont disparaitre dans les banques dans les dix ans, annonçait déjà il y a 6 mois Mike Mayo, l’analyste en chef de Wells Fargo.

A ce compte, est-il annoncé, leur coefficient d’exploitation s’améliorant de 9% en moyenne, les banques redeviendront réellement rentables même si les taux d’intérêt demeurent durablement très bas. On ne peut espérer cependant une amélioration supérieure de leurs coûts d’exploitation car les emplois perdus concerneront surtout les bas salaires. Tandis que, digitalisées, les banques devront recruter de nombreux développeurs, qui seront les nouveaux banquiers et dont les salaires, d’ores et déjà, sont élevés.

Au total, « Goliath is winning ! », claironne Mike Mayo. Les plus gros établissements – dont Wells Fargo, donc – seront les grands gagnants. Eux seuls, en effet, disposeront des moyens considérables que réclame la banque digitale : plus de 200 milliards $ investis dans les nouvelles technologies par les banques américaines en 2020 ; plus que par tout autre secteur.

En somme, l’annonce est surtout un plaidoyer pour Wells Fargo et les autres plus grandes banques : nous allons très vite, dans les cinq ans, redevenir très rentables, dit-elle. Mais c’est un peu gros ! Car rien ne peut se passer comme il est annoncé.

Que les banques doivent investir des sommes colossales dans leur propre transformation, cela est incontestable. Mais cela suppose qu’elles ne changent pas fondamentalement leurs propres modèles. Et, à ce stade, contrairement à ce qu’annonce Wells Fargo, rien ne permet de croire que cette transformation pourra vraiment se concrétiser d’ici cinq ans.

On veut actuellement croire que la crise sanitaire a accéléré de manière irréversible le passage des clients aux outils digitaux mais, lors des confinements, les centres d’appels, qu’on déclare les premiers condamnés, ont été surchargés comme jamais !

De sorte que l’annonce attire finalement l’attention sur une réalité bien moins plaisante : dans les cinq ans qui viennent, subissant des contraintes exogènes de rentabilité comme l’impact des taux et voyant apparaitre de nouveaux concurrents potentiellement redoutables, les banques vont devoir, tout à la fois investir fortement dans leur transformation, tout en continuant à supporter en large partie les coûts de leurs anciens dispositifs de distribution et de traitement sans pouvoir facilement les réduire.

On peut redouter là un effet de ciseaux qui pourrait être critique et même fatal dans de nombreux cas – surtout s’il intervient dans une conjoncture économique dégradée. Pour le contrer, beaucoup comptent sur des concentrations. Mais, très onéreuses en elles-mêmes, celles-ci ne pourront suffire car il s’agit de transformation. Dès lors, la seule issue possible serait, pour les banques, d’accélérer drastiquement leur transformation digitale. Exactement, pour le dire en quelques mots, comme si la fusion de Société Générale et du Crédit du Nord n’était qu’une étape avant un recentrement rapide de la banque de détail du Groupe autour de Boursorama.

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