Actuellement, de plus en plus d’articles soulignent les innovations réalisées par des startups fintech et signalent volontiers quelles menaces elles représentent pour les banques – comme si elles allaient tout simplement et rapidement prendre leur place.

Certes, annoncer le « grand soir » des banques fait facilement recette mais si l’on regarde les choses plus lucidement, un simple remplacement des banques par des nouveaux acteurs, même innovants et agiles, paraît largement irréaliste. Il faut envisager des scénarios plus complexes et plus nuancés. Il faut comprendre, notamment, que le développement des nouveaux acteurs de la fintech va, dans bien des cas, être directement porté par les banques. Le Chèque santé, de la toute nouvelle startup montpelliéraine Care Labs (créée en juin 2014), l’illustre particulièrement.

Lancé début 2015, ce Chèque santé rassemble tant d’éléments intéressants et suggestifs qu’on pourrait facilement lui décerner le titre d’innovation financière de l’année en France.

D’abord, c’est un produit régional. Or c’est là une dimension qui s’affirme de plus en plus. Paris n’a plus le monopole des initiatives, loin de là. Care Labs est né dans le Business Innovation Center de Montpellier et sa croissance, vive, est portée par des fonds d’investissement locaux.

Ensuite, comme souvent parmi les innovations les plus intéressantes, c’est un produit hybride, un crossover ; à la fois support de paiement optimisé et nouveau moyen de financement. Le Chèque santé est un titre prépayé, dématérialisé, qui permet aux porteurs de régler des praticiens affiliés par mobile ou carte, dans des conditions de gestion facilitées.

De plus, Care Labs voit loin et son Chèque santé, en ce sens, parait une innovation forte, qui anticipe des évolutions importantes. Pour les patients, le reste à charge, pour leurs dépenses de santé, est devenu conséquent et il ne cesse d’augmenter. De plus en plus de soins ne sont pas ou sont mal pris en charge par la sécurité sociale et les mutuelles. En France, le renoncement aux soins augmente en conséquence. Selon la dernière enquête du réseau de mutuelles Emevia, au cours des six derniers mois, 15,6% des étudiants ont renoncé à des soins pour des raisons financières et ils ont été 54,1% à avoir « plutôt tendance à attendre que les choses passent » lorsqu’ils sont tombés malades. Dans ces conditions, le besoin est assez clair : trouver de nouveaux financements des soins, notamment sous la forme de gratifications ou d’avantages, susceptibles d’être facilement distribués, à l’instar de chèques cadeaux ou de titres restaurant, par les employeurs, les comités d’entreprise, les mutuelles, des associations, … En d’autres termes, anticipant une demande de financement accrue, Care Labs lui dédie un support commode, autour duquel d’autres services pourront être développés et l’inscrit sous une thématique forte : aider au financement de la prévention notamment, pour viser l’efficacité générale de dépenses de santé de plus en plus contraintes. Portée par une véritable vision, l’offre veut créer son propre marché.

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Enfin, le Chèque santé représente le type même d’innovation qui ne peut manquer d’intéresser les banques mais qu’elles ne peuvent guère facilement développer par elles-mêmes, tant elle est loin de leurs offres courantes. Le type même d’innovation qu’elles peuvent en revanche être intéressées de favoriser. De fait, le premier soutien de Care Labs est le Crédit Agricole Languedoc, dont l’appui s’est en l’occurrence manifesté avec une rapidité remarquable – surtout si l’on compare avec l’attitude qu’avaient eue la plupart des banques lorsqu’apparurent les tickets restaurant… C’est qu’au fond, les banques peuvent facilement travailler avec des startups identifiées comme des partenaires et non comme des concurrents, offrant une forte visibilité (une équipe, une offre-projet) et demandant des mises de fonds mesurées au départ. Au total, l’exemple du Chèque santé montre comment, sur un sujet majeur, le bouillonnement fintech peut, loin de les ruiner, rendre les banques plus réactives et ambitieuses. Désolé pour le Grand Soir…

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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