Pour attirer les nouvelles compétences informatiques et digitales dont elles ont besoin et retenir les talents, les banques se mettent de plus en plus à imiter les startups et les GAFA pour l’aménagement de leurs locaux. Apparaissent ainsi des espaces de détente équipés de consoles de jeux, de cabines de sieste, sans oublier les tables de ping-pong et de billard.

Sur son blog C’est pas mon idée !, Patrice Bernard ironise quant à la réelle capacité d’un babyfoot à attirer les talents ! « Pour 77% des Millenials, l’espace de travail où ils évoluent est plus important que leur salaire », avance dans un article de Reuters le responsable d’une firme qui, justement, propose ce genre d’aménagements. Ce pourcentage parait bien peu crédible, note P. Bernard. Et tous ces gadgets risquent de conduire à une simple transformation de façade faisant négliger l’essentiel pour les nouveaux recrutés : trouver un sens aux activités qu’ils remplissent. Avoir l’impression d’être responsabilisés dans le cadre d’une transformation réelle.

Sur le fond, rien à ajouter. Mais il faut également être attentif aux symboles. Lesquels en l’occurrence dépassent les seuls enjeux de recrutement. Les tables de ping-pong pour les collaborateurs pourraient bien en effet être tout aussi inutiles en même temps que symboliquement tout aussi indispensables que les machines et café et les écrans tactiles qui ont été installés pour les clients dans les agences bancaires ces dernières années.

Dans les agences, il s’agissait de marquer que la banque est en train de changer, que ses services deviennent digitaux. Il s’agissait aussi d’inviter les clients à se détendre, à entrer dans un autre type de rapport avec leur banquier – les machines à café et les carafes de jus d’orange se sont répandues dans les agences en même temps que les incivilités s’y multipliaient ! Pour autant, comme tout symbole, ces aménagements étaient porteurs d’un double sens. Négatif en l’occurrence : les machines à café et la presse mise à disposition, les bars à tablettes et les bornes tactiles entérinent l’idée qu’il faut se préparer à attendre un bon moment lorsqu’on se rend en agence. Comme si le digital avait peu d’impact sur la productivité. De sorte que certains établissements ont rapidement fait évoluer ces formules.

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Avec les nouveaux espaces de détentes, on retrouve la même volonté de montrer que la banque est en train de changer et ses compétences en même temps. Que les établissements financiers se rapprochent des entreprises technologiques, qui sont ainsi directement copiées. Mais il y a également un côté plus sombre derrière les symboles utilisés. Lesquels consacrent surtout l’importance des temps de pause pour que des employés de plus en plus nomades parviennent à se parler, à tisser des liens – puisqu’avec l’aménagement de plus en plus flexible des espaces de travail, la distribution des locaux n’y suffit plus. Dans un intéressant article du Financial Brand sur ces questions, un cadre de KPMG explique l’intérêt du babyfoot à ses yeux : il préfère voir ses collaborateurs y jouer un moment ensemble, plutôt que chacun soit, seul dans son coin, rivé à son mobile, sur Facebook. Ou comment il s’agit désormais de faire que ses collaborateurs accordent un minimum d’intérêt à ceux qu’ils côtoient !

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