Apparus depuis une dizaine d’années, les « coachs d’épargne » sont des applications qui proposent de vous aider à épargner, à la limite de manière automatisée et en quelque sorte à votre place, sans que vous ayez à vous en soucier (Digit). Il est difficile de savoir précisément quels sont leurs taux d’adoption et d’utilisation (la solution suédoise Qapital a pu déclarer 1,3 million d’utilisateurs) mais l’enjeu est surtout celui d’une entrée progressive dans les usages courants. Or, justement, un tour d’horizon des principales solutions conduit à se demander si un certain nombre de choses n’ont pas été, à cet égard, un peu oubliées.

Épargner est fastidieux. Voir pénible. De sorte que c’est quelque chose que l’on oublie facilement de faire ou que l’on reporte souvent à plus tard. Dès lors, le principe des coachs est justement de nous aider à faire des économies, de manière presque insensible au départ, notamment en nous invitant à mettre de côté, automatiquement, les arrondis de nos dépenses ou certains montants prédéfinis en plus de nos dépenses par carte (Clink). Ensuite, il s’agit de nous assister dans la conduite de projets, à travers des comptes dédiés (les Spaces de N26), ou tout simplement en nous poussant à donner corps à ces projets, à les visualiser, tout en invitant d’autres personnes à les financer de concert (Didid de BNP Paribas Fortis).

Mais tout cela ne suffit pas à nous rendre suffisamment vigilants dans la poursuite de nos bonnes résolutions. Les applications doivent donc repérer, dans nos dépenses courantes, des économies possibles ou des sommes à mettre de côté et nous suggérer de manière suffisamment régulière de le faire (solution Autosavings de Tandem par exemple). Un cran plus loin, il s’agit également de faciliter l’utilisation des fonds épargnés à travers la mise à disposition d’une carte ou des réductions chez certaines enseignes (4% chez Amazon avec Yeeld, par exemple). Certains promoteurs de coachs d’épargne, comme Acorns ou Chime, évoluent ainsi vers un statut de néo-banque. Ceci à destination quasi exclusive des particuliers car très peu d’acteurs ont, comme Starling Bank avec ses Goals, songé à s’intéresser aux professionnels et aux TPE.

Au total, il s’agit de capitaliser sur un comportement vertueux. Instillé à travers une assistance automatisée capable de compenser le manque de motivation à épargner et de faciliter les efforts pour le faire. Dans ces conditions, les différents acteurs s’efforcent de créer un climat de sécurité. Et même si leurs applications ont vocation à devenir des outils de gestion standards, comme de verser automatiquement sur un compte rémunéré les soldes créditeurs en compte courant (Cashbee), on insiste d’abord et avant tout sur l’épargne de projet et de précaution – pour être paré en cas de coup dur (Bruno).

Autant dire que l’on se situe dans un contexte de micro-épargne. Les utilisateurs de Yeeld épargnent en moyenne  1 560 € par an à travers sa solution. Mais il faut sans doute tabler sur des montants bien moindres dans de nombreux cas s’il s’agit d’une épargne d’arrondis ou du financement de projets pour de petits budgets. Dès lors, on peut s’étonner qu’il ne soit pas davantage tenu compte des comportements classiques des micro-épargnants.

Qu’il s’agisse de diminuer psychologiquement et de s’attaquer à réduire, à travers l’économie de petites sommes, l’impact budgétaire de charges contraintes (comme des PV récurrents…), pas très bien vécues (jeux vidéo, jeux de hasard, tabac…) ou toujours reportées à des jours meilleurs (comme pour les études des enfants, un motif d’épargne auquel a judicieusement choisi de s’attaquer, sous un autre modèle, Capital Koala).

Ou qu’il s’agisse de tenter sa chance, dès lors que de petites sommes paraissent ne pas pouvoir constituer autrement une épargne conséquente. Ainsi pourrait-on imaginer bien plus de formules d’accompagnement de type loteries et tirages au sort, ou de micro-placement sur des supports dynamiques, comme les crypto-devises ou les actions (Stockpile propose d’en souscrire à partir de 5$).

Sachant que les Français consacrent au moins 16 milliards € par an à des jeux de hasard et assimilés (pour nous en tenir au seul chiffre d’affaires de la Française des Jeux), il est étonnant que les coachs d’épargne n’explorent pas davantage ce genre de comportements au titre d’une motivation pour des efforts qui, autrement, risquent rapidement de ne pas en valoir la peine. Il est étonnant de voir combien les banques – mais aussi bien les fintechs en l’occurrence – demeurent « guindées » face à des comportements pourtant très communs.

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