En passant par la Province, voici deux courtes histoires qui montrent que le modèle selon lequel les plateformes de financement participatif se sont en général développées pourrait bien ne plus être tout à fait à la mesure… des espoirs qu’elles font naître !


Cela se passe à Caen mais, malheureusement, cela se passe aussi dans bien d’autres villes de France. En janvier dernier, l’usine des madeleines « Les Jeannettes » a fermé. C’était la dernière usine intra-muros de la ville. Toutefois, la liquidation n’a pas encore eu lieu et les ouvrières occupent l’usine. Un repreneur s’est présenté mais il n’a pas obtenu les financements bancaires qu’il espérait. Il travaille aujourd’hui à un financement participatif (Le Monde.fr, le 12 août 2014).

Cela se passe à Sainte-Croix mais, malheureusement, cela se passe aussi dans bien d’autres endroits en France. Pour rouvrir une épicerie de quartier et y développer un coin salon de thé, un couple de repreneurs, n’ayant pas obtenu des banques les 15 000 € qu’il demandait et ayant été dissuadé par les marges du microcrédit, s’est tourné vers le site de crowdfunding à vocation locale Bulb in Town (La République des Pyrénées, 16 août 2014). Pour 5 € de don, le couple propose un petit-déjeuner gratuit, pour 25 € un panier de fruits et légumes et, pour plus de 500 €, un crédit sur de futurs achats chez lui.

bulb in town

Ces deux histoires sont intéressantes à plus d’un titre. Elles montrent d’abord que le financement participatif prend, qu’il devient populaire. Il apparait comme un ultime recours mais pas seulement et le cas de l’épicerie de quartier l’illustre : elle propose en fait à ses futurs clients de lui consentir une avance pour son démarrage, en mettant en avant pour eux, et notamment les personnes âgées, l’intérêt de disposer d’un commerce de proximité. En ce sens, la formule « don contre don », qui est la formule de base du crowdfunding parait bien trop limitative.

Nos futurs épiciers ont reçu les contributions, via leur appel à financement de projet, de plusieurs associations et services sociaux. Il ne s’agit plus ici de dons. Le financement participatif doit être pris au sens propre. Il fournit une plateforme globale de financement, permettant de mobiliser futurs clients, soutiens divers, prêteurs dont, pourquoi pas, les banques (voir l’exemple de la plateforme de crowdlending Spear). Mais alors la formule, elle aussi de base, voulant qu’aucun argent ne soit versé aux porteurs de projets si le montant fixé au départ n’est pas atteint parait à son tour bien trop limitative et même assez absurdement pénalisante, tant de nombreux projets peuvent démarrer avec moins que ce qui était attendu.

S’il s’agit non pas seulement de réunir quelques dons mais bien de financer des actions entrepreneuriales, une certaine durabilité des projets doit être assurée sur les plateformes de crowdfunding, à la mesure du temps que peut prendre le financement d’un projet, afin de lui assurer une indispensable visibilité – car, au juste, combien de personnes âgées habitant Sainte-Croix et qu’une épicerie de quartier pourrait intéresser ont-elles effectivement visité le site Bulb in Town le temps où le projet y était proposé ?

Au-delà, au-delà des sites eux-mêmes, la question d’une visibilité « citoyenne » des projets proposés au crowdfunding et des relais permettant d’assurer celle-ci, reste posée. Sans doute les institutions publiques pourraient-elles y jouer un rôle important, ainsi que des banques soucieuses de renforcer leur ancrage local.

Autant de questions qui déplairont sans doute aux puristes du crowdfunding mais autant d’évolutions qui seront nécessaires pour répondre aux espoirs que la finance participative fait naître désormais.

Guillaume ALMERAS/Score Advisor

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