En septembre 2014, le taux de rémunération des dépôts au jour le jour des banques auprès de la BCE est passé à -0,20 %. Les banques doivent donc payer pour placer leurs liquidités auprès de la BCE. L’Euribor et l’Eonia sont devenus négatifs. D’après Bloomberg, plus du quart des emprunts d’Etat dans le monde (dont la France pour une fraction de sa dette) affichent désormais un rendement négatif. Pour les banques, tout cela pourrait avoir des conséquences considérables.

Pour relancer l’économie, lutter contre le resserrement du crédit et les risques déflationnistes, la BCE a lancé une politique de Quantitative Easing, injectant massivement des liquidités pour faire remonter le taux d’inflation et faire baisser l’euro face au dollar. Par ailleurs, ne pouvant plus relancer l’économie par une baisse de ses taux directeurs, déjà proches de zéro, la BCE a imposé un taux d’intérêt négatif aux banques laissant des liquidités en dépôt auprès d’elle.

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Selon les économistes, une telle politique est dangereuse. Elle peut favoriser la croissance, en relançant le crédit et donc l’investissement et la consommation mais elle peut également, dans un contexte déflationniste de faible croissance et de chômage de masse, engendrer un effet dit de « trappe à liquidités ». Dans un tel cas de figure, les taux trop bas sont interprétés comme un signal négatif par les agents économiques qui renoncent en conséquence à la consommation et préfèrent épargner. Cependant, les taux étant très bas ou négatifs, ils renoncent à placer leur épargne et thésaurisent. Un cercle vicieux est ainsi créé : on baisse les taux pour relancer l’économie mais cette baisse pousse plutôt à reporter les achats et freine toute reprise.

Un tel effet de « trappe à liquidités » semble patent au Japon, provoqué par une politique monétaire de taux négatifs ayant engendré une pénurie de… coffres forts. Et la France parait s’engager dans un scénario comparable. Une récente étude de la Caisse d’épargne sur le comportement de ses clients, souligne que les encours sur les comptes courants sont en augmentation de plus de 50 %. Les principales raisons évoquées par les clients sont de deux ordres :

  • une prédisposition à la prévoyance dans un contexte économique incertain qui les pousse à rechercher une liquidité absolue de leur épargne. Cette prévoyance est nourrie par une perception pessimiste de la situation économique et une crainte de l’avenir : 52 % mettent de l’argent de côté car ils ont peur de l’avenir.
  • la baisse des taux des livrets d’épargne qui ne les incite pas à optimiser leur épargne.

Au total, les taux négatifs favorisent une sur-épargne sans rendement qui favorise à son tour la déflation et une telle situation génère un double effet négatif pour les banques. Elles ne peuvent replacer les dépôts qu’elles collectent qu’à perte, tandis que, dans un contexte déflationniste, elles trouvent moins d’opportunités de crédit pour employer les mêmes dépôts.

Dans ces conditions, la tentation pour les banques est inévitablement d’instaurer une commission sur les soldes positifs des comptes à vue. Une telle issue serait particulièrement risquée cependant, susceptible d’engendrer des retraits massifs d’espèces et des fermetures de comptes. Déjà, des problèmes se rencontrent pour les emprunts à taux variable.

Quelques banques Suisses, ayant voulu répercuter les taux négatifs sur les dépôts bancaires, ont rapidement fait face à de gros retraits. Elles ont donc plutôt choisi d’augmenter leurs taux sur les prêts longs, principalement immobiliers. Avec la menace de pénaliser l’une de leurs principales sources de revenu et l’un de leur principaux arguments de conquête clients. A tout ceci s’ajoute, bien entendu, l’effet dramatique des taux négatifs sur les produits de placement.

Une autre solution est apparue, qui voudrait à la fois empêcher la thésaurisation et fournir aux banques des compléments de commission sur les paiements : interdire le cash ! Le Directeur de la recherche chez Amundi l’explique dans un article. Impossible de stocker des billets s’ils n’existent plus et si les paiements deviennent exclusivement électroniques.

Il n’est pas du tout certain que cela compenserait réellement le manque à gagner pour les banques. En revanche, les effets économiques et même politiques d’une telle mesure pourraient être extrêmement importants. En complément de l’article d’Amundi, il faut lire en effet les très nombreux et virulents commentaires. Exaspérant une situation de vive inquiétude, une telle mesure pourrait certainement convaincre beaucoup de personnes de voter pour ceux qui plaident pour une sortie de l’euro…

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Quoi qu’il en soit et pour nous en tenir aux banques, des taux négatifs, s’ils se maintenaient, pourraient assez rapidement obliger à une réduction drastique des coûts d’exploitation (suppression d’agences, fusion d’établissements, externalisation, plan sociaux). Avis de tempête !

HR/Score Advisor

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