Il y a huit ans, nous publiions un article sur Le vrai problème des salaires dans les grandes banques françaises. Nous y pronostiquions (il n’y avait pas besoin d’être de grands visionnaires !) que des établissements de plus en plus composés de cadres de niveau Bac+5 allaient rencontrer de gros problèmes de motivation et de recrutement. Ce qui n’a pas manqué. Mais un phénomène plus inattendu est également intervenu.

A suivre le dernier Rapport AFB sur l’Emploi dans les banques, les effectifs ont continué de baisser dans les banques françaises (seules sont prises en compte néanmoins les banques AFB, ce qui exclut les grands groupes mutualistes). Et la baisse s’est accentuée en 2020 :

En 2020, on a compté 20 6000 départs (c’était déjà le niveau en 2014) contre 16 000 embauches et le nombre de ces dernières s’est tassé :

Ces dernières années, un élément a beaucoup changé : les départs en retraite (à 62 ans en moyenne) sont bien moins nombreux :

Depuis 2012, en effet, le dégonflement des effectifs en âge de postuler prochainement à la retraite a été spectaculaire :

Le gros des effectifs bancaires a désormais entre 35 et 45 ans. Or c’est une population instable. L’âge moyen des départs est en effet de 43,8 ans (47,3 ans en 2014). Et sur les 14 400 départs de CDI, les démissions représentent le premier motif.

Or quels profils démissionnent-ils le plus fréquemment ? Les chargés de clientèle Pros (les démissions représentent 47% de leurs départ) et Entreprises (50%), les conseillers en patrimoine (50%) et les chargés de clientèle Particuliers (40%). Ceux-là mêmes qui sont largement les plus diplômés d’Europe : 50,6% d’entre eux ont un niveau Bac+5 (36,5% en 2014). Qui représentent 22,9% des départs (pour 15,6% de l’ensemble des effectifs) et 31,4% des embauches !

Or, où vont-ils, lorsqu’ils démissionnent ? Si l’on considère que l’âge moyen des embauches est de 32,4 ans, il n’est pas difficile de deviner que beaucoup se font en fait embaucher chez les concurrents.

Une politique de recrutement priorisant les meilleurs diplômes pour des postes ayant peu changé ne pouvaient manquer de rencontrer un écueil : l’incapacité à satisfaire les attentes des embauchés, malgré quelques échapatoires (26 000 mobilités internes en 2020, dont les ¾ correspondent à un changement d’emploi !). Les postes proposés ne sont pas assez attractifs pour une large population de Bac+5. Sont ainsi créées des difficultés de recrutement dont profitent directement, tant que la politique d’embauche n’est pas modifiée, ceux qui sont en poste.

Pour la population des chargés d’accueil (incluant les téléopérateurs), dont 20% ont un niveau Bac+4 ou 5, on recrute près d’un tiers de 30/39 ans et 10% de 40/49 ans. Les informaticiens aux compétences les plus recherchées représentent 8,7% des embauches et 7,2% des départs, c’est-à-dire, proportionnellement, deux chiffres quasi identiques ! Les profils les plus recrutés créent ainsi eux-mêmes le manque qu’ils comblent, en changeant d’établissement et en tirant les salaires à la hausse.

Or, en 2020 et par rapport aux deux années précédentes, la crise sanitaire a seulement stabilisé ce Mercato, qui n’a pas de raison de cesser, tant que la politique de recrutement des banques demeurera la même.

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