Les vraies innovations bancaires procurent du plaisir !

Il est peu probable que le public français connaisse et, le cas échéant, s’intéresse beaucoup à Huntington Bank, une banque régionale américaine de taille moyenne (56 milliards $ de total bilan), basée à Columbus dans l’Ohio. Ses 690 points de vente (certains sont installés dans des épiceries) n’ont en effet rien de frappant :

Quant à son site internet, il est si rudimentaire qu’on croirait qu’il n’a pas évolué depuis le début des années 2000 :

Pourtant, Huntington Bank est très innovante et il serait dommage de l’ignorer.

Le compte courant ne peut plus être considéré comme le pivot de la relation bancaire.

L’action commerciale des banques est essentiellement bâtie autour de cette séquence : 1) ouvrir de nouveaux comptes ; 2) tenter de gagner le compte courant principal des nouveaux clients ; 3) à partir de là, développer leur équipement en produits financiers maison.

Lorsque cela « marche », les clients sont dits « actifs ». Ils représentent une fraction des comptes ouverts qui va des trois quarts à moins de la moitié selon les établissements. Aucune grande banque de détail, en effet, n’évite la gestion d’un nombre significatif de clients « inactifs », généralement vus comme des clients à faible potentiel – ce qui se révèle de plus en plus être une erreur.

Le secteur bancaire européen est-il en train de s’effondrer ?

On reparle d’un nouvel LTRO, après ceux de 2011 et 2012 et les commentaires se multiplient une fois encore sur l’état du secteur bancaire européen. Le spectre d’une crise réapparait, quoique les avis soient pour la plupart assez incertains, voyant tour à tour la bouteille à moitié pleine (le fort levier de nombreuses banques européennes) et à moitié vide (les mêmes banques ont commencé à réduire assez radicalement la taille de leur bilan). Et si l’on manquait ainsi de voir l’essentiel ?

And then came PaySwarm…

The Press did not talk much about the presentation of PaySwarm made by Manu Sporny, the community leader and chair of the Web Payments group at W3C, during the Innotribe session at the last Sibos.

The PaySwarm web platform is an open standard that enables web browsers and web devices to perform micropayments. This is an initiative of the World Wide Web Consortium (W3C) to create a universal payment standard for the Web.

Sauvons les agences !

Il est actuellement intéressant de suivre les commentaires qui accompagnent la publication du Baromètre Ifop/Windor Nixdorf sur les Français et la banque. Beaucoup retiennent de ce sondage que 68% des personnes interrogées estiment que le système sur lequel les agences bancaires fonctionnent aujourd’hui ne pourra pas perdurer  (seulement 26% prédisent néanmoins que le nombre d’agences va diminuer de manière importante). On en tire que, décidément, les agences ne répondent plus aux besoins des clients et la conclusion s’impose alors : il devient urgent de passer à des réseaux d’agences beaucoup plus automatisées, de ménager l’accès aux conseillers à travers des dispositifs vidéo et de fermer un certain nombre de sites. Désormais, beaucoup d’établissements en sont convaincus – aux USA, certaines grandes banques ont commencé à facturer à titre dissuasif le recours à un employé de guichet.

Certes, on note bien que les Français sont attachés à leur agence : depuis 2011, le nombre d’entre eux ayant une bonne image de leur agence est passé de 84% à 88% ! Mais, pense-t-on, c’est là surtout un paradoxe car, en même temps, les Français sont de moins en moins nombreux à se rendre régulièrement dans les agences. Le paradoxe de l’agence bancaire est d’avoir des clients fidèles mais déserteurs, souligne le Baromètre Ifop/Nixdorf.

A notre avis, il n’y a là aucun paradoxe et les résultats de l’enquête nous semblent devoir être interprétés de manière sensiblement différente.

 

Les monnaies locales virent au gadget. Dommage !

La presse a annoncé hier que, dès novembre prochain, la ville de Montreuil (Seine-Saint Denis) mettrait en circulation une monnaie locale et qu’il deviendra possible de payer en « pêches » plutôt qu’en € chez une trentaine de commerçants volontaires, ainsi que dans les centres municipaux de quartier, ce qui serait une grande première en France. Il faut sans doute s’attendre à voir se multiplier ce genre d’annonces et de « premières » car les monnaies municipales fleurissent actuellement : « monnaie de Rouen », « Stück » de Strasbourg, « Eco » d’Annemasse, « Touselle » à Comminges, etc. Mais quel intérêt ?

Swift : la vraie révolution des paiements?

SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecom) est un réseau interbancaire mondial de communication. Un système très sécurisé d’échange d’informations entre les banques qui en sont membres, qui leur permet de traiter leurs opérations. Aujourd’hui, 90% du financement du commerce international passe ainsi par Swift.

Il y a quelques mois, Swift et la Chambre de commerce internationale (ICC) ont officiellement lancé le « BPO » (Bank Payment Obligation) qui a vocation à se substituer aux crédits documentaires tels qu’ils sont actuellement réalisés. Présenté ainsi, le sujet est assez aride et, de fait, il n’a été relayé que par la presse spécialisée dans les techniques du commerce international. Pourtant, le BPO offre un modèle qui, demain, pourrait bien valoir pour l’ensemble des paiements.

Banking for Seniors ? Not quite

An elderly woman sent this letter to her bank manager. The bank manager thought it amusing enough to have it published.
Is it real ? Did a woman really send it ? Perhaps, but it doesn’t really matter. There are at least two excellent reasons to read it : 1/ it’s quite funny 2/ many customers, not only seniors, would certainly adore to send such a letter to their bank manager.
Bankers should take notice.

La bourse ne croit plus aux banques

Savez-vous ce qu’est le « béta » d’une action ? C’est un coefficient qui mesure la volatilité d’un titre par rapport à un cours de référence. Un béta de 0.5 par rapport au CAC 40, par exemple, indique que lorsque le CAC varie de 1%, le titre connait une évolution moitié moindre en moyenne. Plus son béta est faible, plus une action est « défensive », plus elle représente un placement refuge face aux à-coups du marché. Ceci posé, savez-vous quelles sont les valeurs du CAC 40 dont les béta sont les plus élevés en cette rentrée 2013 ? Ce sont toutes les financières avec dans l’ordre : Natixis (un béta de 1,49), Axa (1,58), BNP Paribas (1,81), Crédit Agricole (1,82), Société Générale (2,04). En 2005, le béta du Crédit Agricole était à 1,03, celui de BNP Paribas à 1,05 et celui de la Société Générale à 1,1. Qui l’aurait cru ? En moins de dix ans, les valeurs financières sont devenues les plus volatiles de l’indice parisien. L’observation peut paraître anecdotique. Elle est pourtant essentielle et semble témoigner d’une évolution structurelle et non seulement conjoncturelle : le marché ne croit plus aux banques ! Que s’est-il donc passé ?

Towards Crowdbanking. Why banks should appropriate crowdfunding?

Many think that lending and equity-based crowdfunding are disruptive technologies for the banking industry with the potential to displace banks as the primary source of funding for personal and small business loans.

Like banks, lending and equity-based crowdfunding provide financial intermediation services to business and individuals; however, they do it in a different way. Crowdfunding relies on the internet to connect potentially large pools of business and individuals with capital/investment needs. Thus, lending and equity-based crowdfunding platforms have become attractive alternatives for small businesses who would find very difficult to get a bank loan.

Et si faire un dépôt, en plus d’être facile et pas cher, pouvait rapporter gros ?

Actuellement, dans le domaine bancaire, la gamification est tendance et il faut sans doute s’attendre à ce que les banques dégagent prochainement des budgets assez conséquents pour développer, un peu toutes ensemble, les mêmes petits jeux en ligne. Cela avec le risque de découvrir finalement qu’il s’agit là de gadgets onéreux, pertinents tant que peu d’établissements les proposent mais dont l’intérêt commercial est limité.

En revanche, l’idée d’introduire une notion de jeu, de chance dans les produits bancaires classiques est sans doute beaucoup plus porteuse. Epargner correspond à un effort, un renoncement, voire à un sacrifice. Ne peut-on en faire également quelque chose d’un peu excitant ?

Votre banquier à domicile

L’idée est très simple : et si vous pouviez rencontrer votre banquier hors de ses murs, dans un café ou chez vous, là où cela vous est le plus commode, tandis que les horaires de votre agence ne vous conviennent pas forcément ? Sauf si vous êtes client d’une banque de gestion de fortune, il est très peu probable que vous ayez cette possibilité.

Demain, quand on s’endettera pour se soigner.

Plus de 140 personnalités ont récemment signé une pétition pour réclamer un débat public sur la santé, s’inquiétant de la montée en charge des complémentaires santé dans le remboursement des soins.

S’ils savaient ! Demain, très probablement, le marché de la santé fera une large part non seulement à ceux qu’ils appellent, non sans un certain effroi et assez limitativement les « assureurs privés » (leur assimilent-ils les institutions de prévoyance ?) mais encore aux banques…

Faire du crédit à la consommation un crédit acheteur ouvre d’intéressantes perspectives

Aux USA, depuis le milieu des années 2000, des formules de crédit santé à 0% se sont particulièrement développées, mises en place par les banques, des entités spécialisées comme Care Credit (une filiale de GE) et les assureurs santé. Ces formules sont vite devenues l’un des secteurs les plus dynamiques des crédits à la consommation.

Parrainage : pourquoi donc les banques cherchent-elles à ouvrir toujours plus de comptes ?

Connaissez-vous lesparrains.fr ? C’est un site pour les chasseurs de primes de parrainage. Il permet de trouver en ligne un « parrain » ou des « filleuls » pour profiter des offres dans différents secteurs, dont les banques.

Pour attirer de nouveaux clients, en effet, les banques – notamment les banques en ligne mais pas seulement elles – offrent des primes de parrainage pouvant aller jusqu’à 200 €, à se partager entre parrains et filleuls. Certains ont bien compris qu’il y avait là une manne intéressante à exploiter – ouvrir des comptes bancaires peut fournir un complément de revenu !

Chronique de la réglementation bancaire (VIII) : quelle valeur ont au juste les fonds propres ?

Au cours des années 90, avec le passage aux normes comptables IFRS, la notion de « juste valeur » (fair value) s’est généralisée. Les actifs sont désormais valorisés à leur prix de marché à la date de clôture du bilan, en remplacement de l’ancienne méthode du coût historique, qui faussait l’appréciation de la valeur réelle des sociétés. Quelle valeur de ces dernières se dégage toutefois à présent ?

Chronique de la réglementation bancaire (VII) : le Shadow Banking, trop de réglementation tue la réglementation ?

On a beaucoup dénoncé la « finance de l’ombre », accusée d’un peu tous les maux et surtout d’avoir précipité la crise de 2008. Plus récemment, certains ont voulu cependant dédiaboliser le Shadow banking, expliquant qu’il remplit un rôle économique et représente la contrepartie d’activités bancaires trop contraintes et réglementées ; tout en soulignant qu’aucune réglementation n’est d’impact neutre, notamment quant aux innovations qu’elle suscite pour la contourner.

Chronique de la réglementation bancaire (VI) : EMIR, de la réglementation à la régulation.

Dans la littérature spécialisée sur la réglementation bancaire, il devient de plus en plus fréquent que l’anglais « regulation » (réglementation) soit traduit en français par « régulation », alors que les deux termes ne sont pas du tout synonymes. Selon le Robert, la réglementation désigne un ensemble de règles, de règlements, de prescriptions qui concernent un domaine particulier, tandis que la régulation correspond au fait de maintenir en équilibre, d’assurer le fonctionnement correct d’un dispositif. En l’occurrence, cependant, la traduction est fautive mais le rapprochement est suggestif car, sur différents points, la réglementation bancaire tend effectivement à évoluer pour devenir un instrument de régulation. C’est particulièrement le cas avec l’EMIR.

Chronique de la réglementation bancaire (V) : les régulateurs peuvent-ils vraiment imposer des mesures contracycliques ?

Bâle III définit, à l’horizon 2019, trois volants complémentaires de fonds propres :

  • Le premier, intégré au Tier 1, est un volant de conservation (2,5% des actifs pondérés des risques) visant à préserver la continuité d’exploitation des banques et, plus précisément, à limiter la distribution de dividendes lorsque le ratio de fonds propres se détériore (<7%), notamment du fait de la baisse des bénéfices. En 2008, en effet, il fut constaté, alors que leurs bénéfices fondaient, que les banques prenaient sur leurs fonds propres pour maintenir inchangé le niveau de dividendes versés (5% des fonds propres comptables, selon la BRI). Au total, ce volant de sécurité n’a rien de contracyclique.
  • Le second volant (pouvant aller jusqu’à 2,5%) est constitué en période favorable, en prévision des temps difficiles. Malgré cette définition très floue, c’est un volant contracyclique.
  • Le troisième volant (de 1% à 2,5%) s’applique aux seuls établissements financiers d’importance systémique. Laissé à la main des régulateurs nationaux, il est susceptible de jouer un rôle contracyclique.

Chronique de la réglementation bancaire (IV) : les normes de Bâle permettent-elles de prévenir les crises financières ?

Bâle II a généralisé à l’ensemble des engagements bancaires, dont les crédits, la notion de value at risk (VAR). Les principes de cette approche sont les suivants :

  • Les différents risques se réalisent selon une certaine distribution de probabilité (on peut prévoir le cours des choses).
  • Cette distribution peut être déduite de l’observation de séries historiques (le présent reproduit en gros le passé).
  • Les fonds propres des banques doivent correspondre à la probabilité de réalisation des différents risques, à leur value at risk.

Chronique de la réglementation bancaire (III) : faut-il vraiment couper les banques en deux ?

Les autorités politiques se heurtent à un dilemme. Vis-à-vis de leurs opinions publiques, force leur est d’assurer aux contribuables qu’ils ne payeront pas pour les déboires enregistrés par des banques sur des activités spéculatives. En même temps, il est difficile d’imaginer que l’Etat puisse se désintéresser de la faillite d’un établissement, compte tenu de l’impact possible sur les autres banques et les investisseurs institutionnels (risque systémique), ainsi qu’au final, sur l’ensemble de l’économie.

Une idée est ainsi apparue qui a le mérite de rallier la plupart des suffrages : couper les banques en deux, séparer leurs activités de marché de leurs activités de collecte de dépôts et de crédit. La référence est bien entendu le Glass Stealman Act de 1933 (abrogé en 1999), qui interdit notamment aux banques commerciales américaines de s’occuper de l’émission, du placement et du négoce des titres d’entreprises.

Chronique de la réglementation bancaire (II) : comment renflouer les banques en défaut ?

En 2010, le G 20 s’est accordé sur la mise en place de mécanismes de liquidation ou de sauvetage des banques qui ne fassent pas appel à l’argent public. Dis plus clairement : les contribuables ne doivent pas payer pour les risques inconsidérés pris par des banques. Depuis, cependant, les choses n’ont pas beaucoup avancé. Au sein de l’UE, notamment, la Directive « bail-in » proposée par la Commission européenne est toujours en discussion, les différents pays ne s’accordant pas sur la latitude qui doit être laissée aux Etats pour sauver leurs banques. Le projet de confier à une autorité européenne le soin de s’occuper des banques en défaut et de créer un fonds unique de résolution, dans le cadre de l’Union bancaire, a été rejeté le 10 juillet dernier.

Chronique de la réglementation bancaire (I) : la liquidité avant tout !

Le levier mesure la part d’endettement dans le financement d’une activité, par opposition aux fonds propres. Les marchés surveillent traditionnellement le ratio de levier des banques, le voulant le plus élevé possible. Il en va de même des banques centrales dans un certain nombre de pays. Cependant, ce ratio n’apparaissait pas dans la réglementation bancaire internationale. Il aura fallu pour cela l’assèchement du marché interbancaire entre fin 2008 et fin 2011.

Livret A : les banques ont-elles trouvé la parade ?

Plus que jamais, le livret A reste le support d’épargne préféré des Français et la baisse de son taux de rémunération ne changera sans doute que peu cette situation. Le livret A pose cependant un vrai problème aux banques françaises : l’essentiel de sa collecte n’est pas dans leur bilan mais est centralisée à la Caisse des Dépôts. Les banques françaises recueillent ainsi moins de dépôts propres que leurs homologues étrangères, c’est un point de fragilité que soulignent régulièrement les agences de notation.

On parle actuellement de diminuer le transfert de la collecte à la CDC mais la question est plutôt finalement de savoir pourquoi les banques françaises n’ont pas davantage développé des solutions propres d’épargne susceptibles de remplir le même emploi que le livret A auprès de leurs clients ?