Chronique de la réglementation bancaire (VIII) : quelle valeur ont au juste les fonds propres ?

Au cours des années 90, avec le passage aux normes comptables IFRS, la notion de « juste valeur » (fair value) s’est généralisée. Les actifs sont désormais valorisés à leur prix de marché à la date de clôture du bilan, en remplacement de l’ancienne méthode du coût historique, qui faussait l’appréciation de la valeur réelle des sociétés. Quelle valeur de ces dernières se dégage toutefois à présent ?

Chronique de la réglementation bancaire (VII) : le Shadow Banking, trop de réglementation tue la réglementation ?

On a beaucoup dénoncé la « finance de l’ombre », accusée d’un peu tous les maux et surtout d’avoir précipité la crise de 2008. Plus récemment, certains ont voulu cependant dédiaboliser le Shadow banking, expliquant qu’il remplit un rôle économique et représente la contrepartie d’activités bancaires trop contraintes et réglementées ; tout en soulignant qu’aucune réglementation n’est d’impact neutre, notamment quant aux innovations qu’elle suscite pour la contourner.

Chronique de la réglementation bancaire (VI) : EMIR, de la réglementation à la régulation.

Dans la littérature spécialisée sur la réglementation bancaire, il devient de plus en plus fréquent que l’anglais « regulation » (réglementation) soit traduit en français par « régulation », alors que les deux termes ne sont pas du tout synonymes. Selon le Robert, la réglementation désigne un ensemble de règles, de règlements, de prescriptions qui concernent un domaine particulier, tandis que la régulation correspond au fait de maintenir en équilibre, d’assurer le fonctionnement correct d’un dispositif. En l’occurrence, cependant, la traduction est fautive mais le rapprochement est suggestif car, sur différents points, la réglementation bancaire tend effectivement à évoluer pour devenir un instrument de régulation. C’est particulièrement le cas avec l’EMIR.

Chronique de la réglementation bancaire (V) : les régulateurs peuvent-ils vraiment imposer des mesures contracycliques ?

Bâle III définit, à l’horizon 2019, trois volants complémentaires de fonds propres :

  • Le premier, intégré au Tier 1, est un volant de conservation (2,5% des actifs pondérés des risques) visant à préserver la continuité d’exploitation des banques et, plus précisément, à limiter la distribution de dividendes lorsque le ratio de fonds propres se détériore (<7%), notamment du fait de la baisse des bénéfices. En 2008, en effet, il fut constaté, alors que leurs bénéfices fondaient, que les banques prenaient sur leurs fonds propres pour maintenir inchangé le niveau de dividendes versés (5% des fonds propres comptables, selon la BRI). Au total, ce volant de sécurité n’a rien de contracyclique.
  • Le second volant (pouvant aller jusqu’à 2,5%) est constitué en période favorable, en prévision des temps difficiles. Malgré cette définition très floue, c’est un volant contracyclique.
  • Le troisième volant (de 1% à 2,5%) s’applique aux seuls établissements financiers d’importance systémique. Laissé à la main des régulateurs nationaux, il est susceptible de jouer un rôle contracyclique.

Chronique de la réglementation bancaire (IV) : les normes de Bâle permettent-elles de prévenir les crises financières ?

Bâle II a généralisé à l’ensemble des engagements bancaires, dont les crédits, la notion de value at risk (VAR). Les principes de cette approche sont les suivants :

  • Les différents risques se réalisent selon une certaine distribution de probabilité (on peut prévoir le cours des choses).
  • Cette distribution peut être déduite de l’observation de séries historiques (le présent reproduit en gros le passé).
  • Les fonds propres des banques doivent correspondre à la probabilité de réalisation des différents risques, à leur value at risk.

Chronique de la réglementation bancaire (III) : faut-il vraiment couper les banques en deux ?

Les autorités politiques se heurtent à un dilemme. Vis-à-vis de leurs opinions publiques, force leur est d’assurer aux contribuables qu’ils ne payeront pas pour les déboires enregistrés par des banques sur des activités spéculatives. En même temps, il est difficile d’imaginer que l’Etat puisse se désintéresser de la faillite d’un établissement, compte tenu de l’impact possible sur les autres banques et les investisseurs institutionnels (risque systémique), ainsi qu’au final, sur l’ensemble de l’économie.

Une idée est ainsi apparue qui a le mérite de rallier la plupart des suffrages : couper les banques en deux, séparer leurs activités de marché de leurs activités de collecte de dépôts et de crédit. La référence est bien entendu le Glass Stealman Act de 1933 (abrogé en 1999), qui interdit notamment aux banques commerciales américaines de s’occuper de l’émission, du placement et du négoce des titres d’entreprises.

Chronique de la réglementation bancaire (II) : comment renflouer les banques en défaut ?

En 2010, le G 20 s’est accordé sur la mise en place de mécanismes de liquidation ou de sauvetage des banques qui ne fassent pas appel à l’argent public. Dis plus clairement : les contribuables ne doivent pas payer pour les risques inconsidérés pris par des banques. Depuis, cependant, les choses n’ont pas beaucoup avancé. Au sein de l’UE, notamment, la Directive « bail-in » proposée par la Commission européenne est toujours en discussion, les différents pays ne s’accordant pas sur la latitude qui doit être laissée aux Etats pour sauver leurs banques. Le projet de confier à une autorité européenne le soin de s’occuper des banques en défaut et de créer un fonds unique de résolution, dans le cadre de l’Union bancaire, a été rejeté le 10 juillet dernier.

Chronique de la réglementation bancaire (I) : la liquidité avant tout !

Le levier mesure la part d’endettement dans le financement d’une activité, par opposition aux fonds propres. Les marchés surveillent traditionnellement le ratio de levier des banques, le voulant le plus élevé possible. Il en va de même des banques centrales dans un certain nombre de pays. Cependant, ce ratio n’apparaissait pas dans la réglementation bancaire internationale. Il aura fallu pour cela l’assèchement du marché interbancaire entre fin 2008 et fin 2011.

Livret A : les banques ont-elles trouvé la parade ?

Plus que jamais, le livret A reste le support d’épargne préféré des Français et la baisse de son taux de rémunération ne changera sans doute que peu cette situation. Le livret A pose cependant un vrai problème aux banques françaises : l’essentiel de sa collecte n’est pas dans leur bilan mais est centralisée à la Caisse des Dépôts. Les banques françaises recueillent ainsi moins de dépôts propres que leurs homologues étrangères, c’est un point de fragilité que soulignent régulièrement les agences de notation.

On parle actuellement de diminuer le transfert de la collecte à la CDC mais la question est plutôt finalement de savoir pourquoi les banques françaises n’ont pas davantage développé des solutions propres d’épargne susceptibles de remplir le même emploi que le livret A auprès de leurs clients ?

Colbert 2. 0. : la relocalisation pour les ploucs !

Quiconque connait un peu les problématiques de l’outsourcing sait bien que cela fait quelques années déjà qu’on ne croit plus aux vertus miracles des délocalisations. L’attrait des bas salaires, en effet, s’est révélé n’être souvent qu’un leurre. En 2011, une enquête menée auprès de 70 sociétés américaines ayant recours à l’infogérance montrait que, si un objectif d’économie de 30% des dépenses informatiques avait souvent été fixé au départ, on constatait plutôt dans les faits une économie moyenne de 15% au cours des 18 premiers mois et, à échéance du contrat, un surcoût de 30% par rapport à un service comparable et bien géré en interne.

Pour réussir, l’outsourcing doit viser un gain de productivité, c’est-à-dire un mix où le coût du travail est mis en correspondance avec les compétences et l’efficacité réelles, ainsi qu’avec les investissements nécessaires. Réussir un tel mix n’est rien de simple. C’est d’abord une affaire de maturité.

Sur ces bases, le Président Obama a lancé un programme de « reshoring », fondé par ailleurs sur des éléments nouveaux et déterminants : la baisse du coût du travail, ainsi que des prix de l’énergie et de l’immobilier aux USA ; dans un contexte où les coûts logistiques internationaux se tendent, tandis que ceux de production augmentent dans les pays émergents.

En France, Arnaud Montebourg a voulu lancer un programme similaire. De quels avantages compétitifs nouveaux dispose-t-il pour le faire ? La question est évidemment assez cruciale. Elle semble cependant avoir peu préoccupé la Direction générale de la compétitivité, de l’industrie et des services qui, avec l’aide d’excellents experts, vient de mettre sur pied le logiciel Colbert 2. 0. Lancé lundi dernier, il s’agit d’un programme qui doit permettre aux PME d’évaluer l’opportunité d’une relocalisation de leurs activités en France.